Emilio Botín, le banquier le plus puissant d’Europe

En septembre 2008, Emilio Botin, président de Santander, était sacré à Londres, « banquier de l’année » et en novembre, il figurait parmi les 10 grands gagnants de la crise classés par la revue The Times. C’était avant le scandale Madoff et les 2,3 milliards perdus… Retour sur le parcours – presque – sans faute d’une des plus célèbres personnalités du monde des affaires espagnol.
Fils, petit-fils et arrière petit-fils de banquier. Emilio Botín Sanz de Sautuola y García de los Ríos avait pour arrière-grand-père l’un des fondateurs de Banco Santander, que son grand-père et son père dirigèrent successivement avant lui. Et sa fille aînée, Ana Botín, est elle-même aujourd’hui présidente de la banque Banesto. Est-ce cette longue tradition familiale, cette vocation presque congénitale, cette expérience quasi innée qui a fait d’Emilio Botín l’un des plus grands banquiers européens et l’une des plus grandes fortunes espagnoles ?
2008 : la consécration
L’an dernier, le magazine Forbes le classait 573e fortune mondiale, mais 9e espagnole avec un patrimoine estimé à 2,1 milliards de dollars. En juillet 2008, Banco Santander était élue « meilleure banque au monde » par la revue spécialisée Euromoney pour son leadership en Espagne et en Amérique Latine. En octobre, Botín était sacré banquier de l’année à Londres où il en profitait pour faire la leçon à ses collègues et critiquer les dérives du secteur bancaire qui ont mené à la crise actuelle. Et en novembre, enfin, le Times incluait Botín à sa liste des «Dix magiciens de la crise», aux côtés d’Obama et… Karl Marx, pour sa gestion qui excluait les «investissements exotiques» et les «hypothèques subprimes», selon l’hebdomadaire anglais. Emilio Botín était alors considéré comme le messie de la finance, le roi de la banque, l’un des seuls banquiers à sortir indemne de la crise. C’était avant Madoff et les 2,3 milliards de perte infligés à Banco Santander.
Aujourd’hui, Botín est redescendu de son piédestal et le monde de la finance lui renvoie au visage les leçons d’hier. Mais même si le prince des banquiers espagnols a perdu une partie de son aura, son parcours –presque- sans faute, reste un exemple.
Né en 1934 dans la capitale de la Cantabrie, la belle ville bourgeoise de Santander, Emilio Botín étudie le Droit à Valladolid et les Sciences Economiques à Bilbao. Fraîchement diplômé, il rejoint naturellement, à 24 ans à peine, l’entreprise familiale. En six ans, il gravit tous les échelons qui le séparent du poste de directeur général de Banco Santander. Il n’a que 30 ans mais beaucoup d’ambitions. La première : étendre sa présence sur toute l’Espagne. Pour le reste, il attendra…
Un visionnaire ambitieux
En 1986, à 52 ans, il devient enfin Président de Santander. Avec lui, la banque prend un tournant. Sa gestion personnelle et risquée révolutionne la finance espagnole. Il rompt rapidement les pactes qui existent entre banques espagnoles sur les taux d’intérêt et rémunérations de compte et qui limitent alors la concurrence. Il crée des produits de haute rentabilité : Supercuenta (1989), Superfondos (1992) et Superhipoteca (1993). Puis vient le temps des fusions-acquisitions. Il s’allie avec de grandes banques étrangères : au Portugal avec la Banca Champalimaud, en Grande-Bretagne avec The Royal Bank of Scotland, en Italie avec la San Paolo, au Maroc avec BCM, en Allemagne avec la Commerzbank et en France avec la Société Générale. En 1994, il rachète Banesto et devient ainsi le premier groupe bancaire espagnol. Puis il part à la conquête de l’Amérique Latine, achète des banques en Argentine, au Chili, au Brésil, au Mexique…, et fusionne en 1999 avec Banco Central Hispano (BCH). En 2005, Santander rachète la 6e banque britannique, Abbey et en 2006, 24.9% de Sovereign Bancorp, la 18e institution financière des Etats-Unis. Résultat : Banco Santander devient le premier groupe financier d’Espagne et d’Amérique Latine. Et la première banque de la zone Euro en termes de capitalisation boursière, avec une valeur estimée à plus de 50 milliards d’euros, 2,8 millions d’actionnaires, 80 millions de clients et 170 000 employés.
Surf sur la crise… et chute
L’année 2008 voit le sacre de son président. Les prix et les félicitations se succèdent au fur et à mesure qu’avance une crise qui semble décidée à épargner Santander. Dans la lettre officielle qui clôt l’exercice précédent, Emilio Botín explique sa réussite par « la diversification de l’entreprise, qui combine une forte présence sur les marchés émergents et mâtures », sa « prudence dans la gestion des risques », sa réduction des coûts, l’intelligence de ses cessions et acquisitions et la qualité de ses équipes. Quant à la crise, il préconise « un maximum de transparence pour redonner confiance aux investisseurs ».
En décembre, l’état de grâce prend fin lorsqu’apparaît au grand jour l’escroquerie du financier Bernard Madoff. La principale victime est Banco Santander : plus de 2,3 milliards d’euros de pertes affecteraient ses clients qui avaient investi dans les fonds de Madoff par le biais du placement financier Optimal. Après avoir un temps écarté la possibilité d’un quelconque remboursement, la banque s’est finalement décidée à compenser la fraude à hauteur de 1,38 milliards. «La solution consiste en une substitution d’actifs, grâce à laquelle les clients échangeront leurs investissements dans Optimal Strategic avec des actions préférentielles du groupe.»
Pour la première fois, Banco Santander ne respectera sans doute pas les objectifs qu’avait fixés Botín pour 2008. Outre le cas Madoff, elle devra payer les dégâts de la faillite de Lehman Brother qui a affecté à hauteur de 500 000 euros les clients de la Banif, filiale de Santander.
Cependant, les résultats 2008 qui seront annoncés le 3 février devraient cette année encore dépasser les 9 milliards d’euros. Une très belle performance pour un groupe qui devra cependant faire preuve de prudence à l’heure de gérer les suites de l’affaire Madoff. Mème si, selon les experts financiers, Santander est, avec Telefonica, l’une des valeurs espagnoles sur qui parier en 2009.
S.M.
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