Impayés : la bourse ou l’honneur !

Dans tous les secteurs, le montant des impayés se multiplient. Et les créanciers ont beau chercher des règlements à l’amiable ou traîner les débiteurs devant les tribunaux, il n’est pas toujours facile de se faire payer. Ultime recours : Le Cobrador del Frac et comparses… Des entreprises dont le concept est d’humilier le débiteur pour le faire payer.
La crise? Ils s’en frottent les mains. Durant le dernier trimestre 2008, El Cobrador del Frac, la plus importante compagnie de recouvrement d’impayés d’Espagne, aurait presque doublé son chiffre d’affaires. Dans le même temps, les organismes bancaires espagnols, eux, tirent la sonnette d’alarme. Selon la Banque d’Espagne, fin novembre 2008, la somme des « crédits douteux », ceux dont les remboursements traînent, s’élevaient à plus de 56 milliards d’euros et touchaient 3% de la population espagnole. C’est trois fois plus d’impayés qu’un an auparavant !
56 milliards d’impayés
« Nous faisons partie des rares personnes qui profitent de la crise ! » Juan Carlos Granda, directeur commercial du Cobrador del Frac ne s’en cache pas : il fait son beurre du malheur des autres.
L’entreprise de recouvrement d’impayés refuse de dévoiler ses chiffres mais avoue une augmentation de plus de 50% du volume d’affaires l’an dernier. Et 2009 augure des résultats inédits.
Alors que les plans de licenciement s’étalent dans les journaux, la compagnie embauche.
Après 20 ans d’existence, elle compte plus de 500 employés entre l’Espagne et le Portugal, dont plus de 350 « cobradores ». Son secret : une méthode bien particulière, basée sur la réputation et l’honneur. Souvent l’ultime recours quand toutes les voies traditionnelles ont échoué.
L’idée est originale : associer l’image du Cobrador del Frac au recouvrement d’impayés. Le costume noir avec nœud papillon et chapeau haut de forme, la mallette affichant en grosse lettre à qui l’on a affaire et la voiture logotypée : tout est fait pour ne pas passer inaperçu. « N’importe quelle personne qui voit un « cobrador » l’associe tout de suite au mauvais payeur, » affirme Juan Carlos Granda.
La cible : les entreprises principalement, avec un minimum de 2 500 euros de dette, et parfois des cas qui dépassent les 500 000 euros… « Nous ne pourchassons pas des gens qui ne peuvent pas payer leur loyer ou des indigents. En général, nous nous attaquons à ceux qui peuvent payer mais ne veulent pas, les « caraduras » (« Têtes dures »), des mauvais payeurs professionnels…»
Et à en croire le directeur commercial, ils sont nombreux. « L’Espagne et le Portugal sont des pays avec beaucoup de mauvais payeurs. C’est le tempérament latin, pas très sérieux, de celui qui cherche toujours à magouiller…, souligne Juan Carlos Granda. Surtout dans les secteurs de la construction, mais aussi du transport et du textile. »
60% pour le créancier / 40% pour le Cobrador
La démarche est simple : le créancier présente les documents qui attestent la dette. Un commercial constitue un dossier sur le débiteur pour lequel il fait payer un faible montant. Suivant les cas, Le Cobrador se proposera alors de se porter responsable de la dette. Puis il prélèvera 40% du montant dû une fois perçu! Un pourcentage qui explique que beaucoup n’aient recours au Cobrador del Frac qu’en dernier lieu. «Il arrive souvent que les créanciers aient gagné le procès qui les oppose au débiteur mais que ce dernier soit déclaré insolvable. Il ne peut soit-disant pas payer. Pourtant, en enquêtant, on découvre qu’il roule dans une voiture de sport et habite une villa dans une banlieue chic. Rien n’est à son nom mais sa fortune est notoire. Nous lui envoyons d’abord un fax lui stipulant qu’à partir de maintenant, c’est au Cobrador del frac qu’il doit de l’argent. Souvent cela suffit pour qu’ils paient, explique Manfred Günter, chapeau haut de forme sur la tête et queue de pie, sur le point de partir faire pression sur un quelconque débiteur. Sinon, il faut insister directement sur place… » Commence une « lutte » déterminant qui est le plus rusé, où le Cobrador essaie de savoir où vit le débiteur, quel restaurant il fréquente, où il travaille… Reste ensuite à l’attendre. Et se faire voir.
Mais attention : interdiction de crier avec un haut-parleur l’escroquerie, ni de porter atteinte à l’honneur du débiteur. De toute façon, le costume et la voiture suffisent pour que le voisinage connaisse les démêlés financiers de l’incriminé. « Notre meilleure arme, c’est la voiture ».
Récemment, l’entreprise a lancé un nouveau slogan : « Todavía se puede cobrar » ( On peut encore se faire payer), sous-entendu : profitez-en, ce ne sera bientôt plus le cas. Car même si El Cobrador del Frac pense avoir encore de beaux jours devant lui, il ne se voile pas la face : « plus la crise avance, et plus cela va être difficile de récupérer les dettes et nous aurons des problèmes avec les gens qui ne peuvent vraiment pas payer. Il faudra espérer qu’ils se remettent en selle, et même si ça prend 5 ans, attendre qu’ils montent une nouvelle entreprise pour enfin se faire payer…»
S.M.
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