Alberto Catalá : « Il n’y a pas de meilleure arme pour une PME que d’assister à une feria »
Alberto Catalá est le Président du parc d’exposition Fira de Valencia, le quatrième plus grand au monde par sa superficie et l’une des principales plateformes d’exposition pour le secteur industriel d’Espagne et d’Europe. Chaque année, une centaine d’événements, ferias, séminaires et congrès, y sont organisés, quelques 13 000 entreprises y exposent et près d’un million et demi de visiteurs, majoritairement professionnels, arpentent ses allées. De plus, depuis 2007, Feria de Valencia a lancé un plan d’internationalisation baptisé “New Feria Valencia Concept” afin de développer des marchés tels que la Russie, les Émirats Arabes Unis ou l’Inde. Chaque année, la Feria se déplace donc avec des représentants de ses principaux salons à Moscou, Dubaï ou encore New-Delhi. Rencontre avec le Président de cette feria pas comme les autres, à l’image d’une ville, Valence, décidément tournée vers l’international.
Le Courrier d’Espagne : Qu’est-ce que Feria de Valencia?
Alberto Catalá : C’est l’institution fériale la plus ancienne d’Espagne. Valence a longtemps été qualifiée, même dans les livres d’école, comme une ville de ferias. Mais au-delà de ce qualificatif, Feria de Valencia est aujourd’hui surtout la principale plateforme d’exposition pour les industries espagnoles.
LCE : Quel est son statut?
A.C.: C’est une association civile privée mais avec un caractère officiel et un fondement juridique d’utilité publique, sans but lucratif. En clair, son statut est proche de celui d’une fondation.
LCE : Selon vous, quel est ou quel devrait être le rôle d’un salon?
A.C.: C’est une certitude dans le monde du marketing qu’il n’y a pas de meilleure arme pour une PME que d’assister à une feria. Les salons ont donc selon moi un rôle fondamental : celui d’être un outil de vente, une arme pour la conquête de nouveaux marchés mais aussi un lieu d’innovations.
LCE: Durant vos deux précédents mandats comme pour l’actuel, vous avez très fortement insisté sur l’internationalisation de la Feria. Pourquoi?
A.C.: Ce choix est le fruit d’une réalité : la globalisation. En tant qu’outil pour l’entreprise, Feria de Valencia se doit d’être proactive dans la conquête du marché. C’est pourquoi nous avons tendu des ponts à double sens avec Moscou ou Dubaï par le biais du programme d’internationalisation « New Feria Valencia Concept ». Le but est d’organiser des ferias sur des destinations nouvelles, sur des marchés émergents. Nous voulons que ces événements servent non seulement aux exposants pour conquérir ces nouveaux marchés, mais aussi que les entrepreneurs de Russie ou des Emirats connaissent la Feria de Valencia et viennent par la suite y participer.
LCE : Justement, après la tenue de ferias à Moscou et Dubaï et avant celles organisées cette année à Oman et New Delhi, quel est le premier bilan ?
A.C.: C’est un programme dont les retombées se mesurent à court, moyen et long terme et qui nécessite une action de longue haleine. Le choix des marchés visés, dans certains pays émergents, est une réponse à la demande des différents secteurs. Et le bilan est assez positif. A Moscou et Dubaï, les chiffres des ventes ont été plus qu’acceptables. Et surtout, dans certains secteurs comme l’habitat, nous avons pu avoir cette réciprocité que nous cherchions puisqu’après notre action à Moscou, nous avons reçu la visite de 150 nouveaux acheteurs russes à Valence lors du salon Urbe qui suivait et 800 sur le salon Habitat. Nous verrons cette année les retombées de notre présence à New Delhi sur le secteur des azulejos (céramiques).
LCE : Vous envisagez aussi des accords avec d’autres parcs d’exposition européens, comme Paris…
A.C.: Nous considérons la création d’un axe Valence – Paris – Milan – Francfort comme quelque chose de très important. Il nous reste à concrétiser des accords avec ces grandes métropoles, qui sont les lieux où le secteur férial est le plus professionnel qui soit. Il me semble qu’aujourd’hui les parcs d’exposition ne peuvent pas se contenter de regarder uniquement l’environnement national. Mais ils doivent se placer dans un espace européen. Dans ce but, la première étape consiste à organiser dans ces destinations des événements extra-fériales : congrès et présentations, afin de connaître les équipes humaines de chaque feria et par la suite de créer des synergies. Cela pourrait prendre la forme par exemple de blocs d’exposants, ou de packages regroupant plusieurs ferias européennes d’un même secteur que l’on vendrait aux exposants.
LCE : Vous occupez vous-même des postes importants dans des entreprises privées comme Aumar, filiale d’Abertis, ou à la tête de l’entreprise textile Rafael Catalá. Cela vous permet-il d’être plus à l’écoute des préoccupations et des besoins des entreprises espagnoles et valenciennes ?
A.C.: Sans aucun doute. Plus vous êtes en relation avec le monde de l’entreprise et plus vous vous enrichissez et comprenez les besoins des entreprises. Le programme «New Feria Valencia Concept» est partie d’une demande des professionnels…
LCE : Et dans la crise, quels sont ces besoins? Quel est votre plan d’attaque?
A.C.: La semaine prochaine (dernière semaine de juin, ndlr), nous allons présenter un plan de lutte contre la crise basé non seulement sur la réactivité mais surtout sur la proactivité. Concrètement nous n’allons pas nous contenter de baisser les prix, mais nous allons aussi créer une centrale de services afin que les exposants puissent faire des économies sur le mobilier ou la décoration des stands. Car finalement, le prix de la location de l’espace férial ne représente que 30 à 50% des coûts liés à la présence sur un salon. Bref, nous essayons de rendre les choses plus faciles en temps de crise.
Propos recueillis par S.Morel.
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