L’Espagne est-elle encore un Eldorado? | Le Courrier d'Espagne
Mardi 07.02.2012

L’Espagne est-elle encore un Eldorado?

Le 20 octobre, BFM radio a enregistré en direct depuis la Résidence de France en Espagne, son émission quotidienne Le Grand Journal dans le cadre d’une tournée des grandes capitales européennes organisée par la radio en collaboration avec Ubifrance. Pendant trois heures, des invités de marque ont défilé pour parler de la situation économique de l’Espagne.

Enregistrement de l'émission "Le Grand Journal" avec de gauche à droite: Enrique Baron Crespo, ancien Président du Parlement Européen, Gonzalo Galipienso, Directeur d’affaires politiques d’EADS Casa Espacio, Fabrice Lundy, présentateur du "Grand Journal" et Gilles Serra, Directeur général du Crédit Agricole Private Bank. Photo: LCE/SM

Enregistrement de l'émission "Le Grand Journal" avec de gauche à droite: Enrique Baron Crespo, ancien Président du Parlement Européen, Gonzalo Galipienso, Directeur d’affaires politiques d’EADS Casa Espacio, Fabrice Lundy, présentateur du "Grand Journal" et Gilles Serra, Directeur général du Crédit Agricole Private Bank. Photo: LCE/SM

Il est 18 heures précises dans les salons de la Résidence de France transformés pour l’occasion en station de radio lorsque l’animateur Fabrice Lundy prend la parole pour lancer depuis Madrid son émission quotidienne sur BFM, Le Grand Journal. Après Milan et avant Londres, c’était au tour de la capitale espagnole d’être l’objet d’une émission spéciale dans le cadre d’une tournée des grandes capitales européennes organisée en collaboration avec Ubifrance. L’idée : aborder plutôt les aspects positifs et chercher les clés de la sortie de crise, les opportunités et les initiatives.

Le président de l’Association d’amitié franco-espagnole Diálogo, José Luis Leal Maldonado, est le premier à prendre le micro. “A court terme, on ne voit pas de reprise mais la chute de l’économie s’est arrêtée et on s’attend à une croissance autour de 0% en 2010. Pour la reprise, ce ne sera pas avant deux ou trois semestres. Mais un point positif est que les exportations se portent mieux que ce que l’on pouvait attendre. La baisse de la demande interne semble en effet avoir poussé les entreprises vers l’exportation ” souligne l’ancien ministre de l’économie.

Pour le moment, la crise est bien là. Et ce, même si, avec 2,3 % de son PIB consacrés à des plans de relance, le fameux Plan E, l’Espagne est le pays d’Europe qui a dédié la plus grande part de ses richesses à la relance économique. “La question n’est pas quantitative mais qualitative, estime José Luis Leal Maldonado. Est-ce que qu’il n’aurait pas fallu mettre plus d’argent dans les secteurs qui prépare l’avenir, et notamment la formation professionnelle”.

Autres sujets abordés : le déficit budgétaire de 10% et la cure de rigueur qui s’impose, la hausse de la TVA de 16 à 18%, l’augmentation des taxes sur l’alcool, le tabac et les carburants… Et la santé des banques. « Les banques espagnoles ont eu très peu d’actifs toxiques car la Banque d’Espagne leur faisait payer cher. De plus, elles devaient payer des provisions anticycliques, ce qui a fait qu’en Espagne il n’y a pas de problèmes de solvabilité. En revanche, il y a un problème de liquidités car les Espagnols sont très endettés et la chute du PIB va toucher les banques du fait de la hausse des impayés, » explique l’ancien président de l’Association des Banques Espagnoles.

Et qu’en est-il des liens entre la banque et le secteur immobilier ? Fabrice Lundy rappelle en effet que 10 milliards d’euros de biens immobiliers sont détenus pas les banques. Mais pour José Luis Leal Maldonado « les prix de l’immobilier avaient beaucoup augmenté donc même s’ils baissent, ils sont loin de chuter comme ils avaient augmenter ces dix dernières années. Le problème est pour ceux qui furent imprudents à la fin de cette période »

Le débat continue ensuite avec Claude Viala, Président du cabinet de conseil en ressources humaines MOA-BIP sur les conséquences de la crise sur le marché de l’emploi. « Le travail à temps partiel commence à augmenter », souligne Claude Viala avant de souligner la « flexibilité des employés espagnols », qui sont plus disposés à faire « des concessions, notamment sur les salaires », certains acceptant une baisse de « 50% de leurs revenus ». En revanche, « le salarié espagnol est très peu mobile ». Malgré ces concessions, le retour à l’emploi est une grande préoccupation du gouvernement et des communautés autonomes. Certaines, comme l’Andalousie, affichent des taux de chômage de 25%. Avec deux points particulièrement inquiétant : « le problème de l’adaptation des profils au poste et le manque de formation professionnelle », et le chômage des jeunes de moins de 25 ans « qui atteint les 33% ». « La chute de l’économie de la construction a fait que le marché de l’emploi n’est pas préparé pour la reprise économique. Le nombre de contrats de main d’œuvre étrangère a été divisé par deux. »

L’Espagne est-elle encore un Eldorado?, s’interroge alors le présentateur face au Directeur de la Mission Economique-Ubifrance en Espagne, Nicolas de Moucheron. « En 1981, le pays s’ouvre sur le monde, en 92, ce sont les JO de Barcelone, l’Exposition Universelle à Séville et les 500 ans de découverte de l’Amérique. Les forces vives qui viennent de l’immigration ont beaucoup ont participé à cette croissance à 3,8%… Comment leur reprocher d’avoir cru que cela durerait toujours ? » Nicolas de Moucheron continue de voir des entreprises subjugués par l’Espagne. La preuve, « 600 entreprises françaises ont été nos clients cette année. C’est quatre fois plus qu’il y a trois ans.» Et les Espagnols, y croient-il encore ? « Ici, ils ont encore la « gnaque ». Les gens continuent de penser que leurs enfants et leurs petits enfants vivront mieux que leurs parents et leurs grands-parents… »

L’émission continue avec les interventions de Gonzalo Galipienso, Directeur d’affaires politiques d’EADS Casa Espacio pour parler du secteur spatial, Gilles Serra, Directeur général du Crédit Agricole Private Bank qui rappelle qu’« au pire ce qui peut se passer c’est une baisse du PIB de 4%. C’est-à-dire revenir au niveau de 2005. Or en 2005 l’Espagne est déjà un grand pays »

Les entreprises espagnoles vont reprendre, ne serait-ce qu’en rapportant leurs dividendes. Les défaillances viendront plutôt des petites entreprises. 400 000 entreprises ont déjà mis les clés sous la porte, c’est-à-dire 1 sur 10. « On voit encore pas mal de problème à l’horizon mais par exemple à Madrid, il y a plus de Porsche Cayenne que dans toute la France. Toutes nouvelles annonçant que l’Espagne rentre dans la normalité est une bonne nouvelle. Nous sommes dans un lendemain de fête. L’Espagne a la gueule de bois. On ne peut pas vivre toujours dans l’excès », souligne Gilles Serra.

Puis Enrique Baron Crespo, l’ancien Président du Parlement Européen prend la parole pour expliquer « les raisons d’espérer » et rappeler les grands défis qu’a relevé l’Espagne ces dernières années. Enfin les deux derniers invités  José Antonio Primo, Directeur général de Lafarge et Eduardo Montes, Président de Ferroatlántica clôturent cette émission passionnante de leurs analyses pertinentes.

A écouter ici

Sandrine Morel



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