«Au premier semestre 2009, la France est le 1er investisseur étranger en Espagne»
Avec ses 97 bureaux économiques répartis dans le monde entier, l’organisme d’Etat Invest In Spain est chargé de promouvoir et capter les investissements étrangers en Espagne. L’an dernier, 37,7 milliards d’euros ont été investis en Espagne.

Javier Sanz est membre du corps de techniciens commerciaux et économistes de l’Etat. Il a travaillé à divers postes du Ministère de l’Economie et de celui de l’Industrie, Commerce et Tourisme, ainsi qu’au bureau économique du Président du Gouvernement, avant sa nomination comme Directeur Général d’Invest In Spain.
Le Courrier d’Espagne : En quoi consiste Invest In Spain?
Javier Sanz : Invest in Spain est une agence créée en 2005 au sein de l’administration générale de l’Etat avec l’objectif de capter de nouveaux investisseurs étrangers. Jusqu’alors, les communautés autonomes possédaient chacune leurs propres bureaux de captation des investissements mais il n’y avait pas d’instrument centralisé regroupant les informations sur le pays dans son ensemble et chaque région en particulier.
LCE : Pourquoi créer cette institution si les régions faisaient déjà leur promotion ?
J.S. : C’était justement une demande des communautés autonomes elles-mêmes de créer un organe qui centralise à niveau étatique les demandes de nouvelles entreprises intéressées pour investir en Espagne ou d’anciennes, déjà implantées mais avec lesquelles négocier pour élargir leur présence. Ou leur faire connaître les nouveaux potentiels du pays.
LCE : Les investissements internationaux en Espagne ont changé avec le temps?
J.S. : Cela fait longtemps que l’Espagne attire les investisseurs internationaux. IBM pour ne citer qu’un exemple, s’est installé ici dans les années 80. Et depuis, la réalité espagnole a beaucoup changé. L’Espagne n’est plus un pays attractif pour sa main d’œuvre non qualifiée et bon marché. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne trouve pas ce type de main d’œuvre. Mais qu’aujourd’hui, l’Espagne est attractive pour d’autres raisons et surtout sa main d’œuvre qualifiée. C’est important qu’une société, comme IBM pour reprendre cet exemple, sache qu’il existe de nouveaux centres de R&D qui peuvent lui apporter un soutien dans divers secteurs ou qu’elle connaisse cette nouvelle réalité qu’incarne l’Espagne et les derniers projets en cours.
LCE : Concrètement, quel est le chemin qu’emprunte un potentiel investisseur ?
J.S. : Le premier pas est d’abord de savoir dans quel pays ils vont investir et ensuite dans quelle région. Par exemple, dans le secteur des énergies renouvelables, un investisseur potentiel va analyser quelles sont les différentes législations dans chaque pays et ensuite penser d’un point de vue régional. Une fois que c’est gagné pour l’Espagne, nous demandons aux régions qui répondent aux critères définis par les investisseurs de faire des offres. Il y a quelques mois, par exemple, une compagnie canadienne de test de jeux vidéo doutait entre Salamanque ou Madrid pour s’installer. Nous leur avons donc transmis toutes les informations des différentes communautés autonomes afin qu’ils fassent leur choix.
LCE : Existe-t-il un plan national de développement économique cherchant à spécialiser les régions par secteur d’activité?
J.S. : Certaines régions sont de fait plus spécialisées dans certains secteurs pour lesquelles elles proposent des conditions avantageuses, des subventions, des infrastructures particulièrement adaptées. Mais ce sont les communautés autonomes qui décident de leur stratégie de développement économique et en aucun cas l’Etat.
LCE : Comment conseillez-vous alors les investisseurs internationaux ?
J.S. : Nous n’orientons en aucun cas leur choix vers telles ou telles régions. Les régions nous communiquent leurs secteurs prioritaires et nous l’intégrons dans les dossiers que nous publions sur chaque région. Nous écoutons ensuite l’investisseur et nous le mettons en contact avec les administrations régionales qui l’intéressent.
LCE : Vous allez également chercher les investisseurs chez eux…
J.S. : Nous travaillons avec les 97 bureaux commerciaux des ambassades espagnoles et nous avons des commerciaux à Londres, Tokyo, Shangaï et New-York qui captent des investisseurs ciblés, ainsi que des départements spécifiques dans les pays à fort potentiel comme l’Inde ou le Japon. Et puis nous organisons des événements comme le Forum qui se tient à Paris le 30 novembre.
LCE : Vous est-il possible d’adapter les normes à des demandes ponctuelles afin de favoriser l’implantation d’une entreprise ?
J.S. : Tout dépend des cas évidemment mais c’est une possibilité. Notamment dans le cas où une entreprise aurait besoin d’une grande surface pour s’installer et que la loi d’urbanisation limiterait l’espace disponible. Il est possible de chercher des solutions pour débloquer la situation.
LCE : Quel est le montant des IDE ?
J.S.: En 2008, les IDE se sont élevés à 37 milliards d’euros. Mais les chiffres d’investissement direct sont très trompeurs. Il suffit qu’il y ait deux entreprises anglaises qui achètent deux sociétés espagnoles pour gonfler les résultats. Ce qui est intéressant et témoigne du dynamisme d’un pays ce sont les projets « greenfield » (investissements sur site vierge). Depuis le début de la crise, ils représentent près de 50% des investissements.
LCE : Quels sont les principaux secteurs d’investissement ?
J.S. : La répartition des investissements se fait environ à 10% dans les technologies de l’information et de la communication, à 10% dans les énergies renouvelables, à 10% dans les biotechnologies et 7-8% dans l’aéronautique, qui sont les activités sur lesquelles l’Espagne et les régions misent pour le futur.
LCE : Et les principales régions à capter ces investissements ?
J.S. : Environ 75% des investissements se concentrent sur Madrid et la Catalogne. Si l’on enlève l’effet « siège », c’est-à-dire le fait que les bureaux soient basés à Madrid même si l’activité se développe ailleurs, on arrive à 52% des investissements limités à ces deux régions en 2007. Puis viennent l’Andalousie, la Communauté valencienne et cela fluctue beaucoup d’une région à l’autre ensuite…
LCE : Quelle place occupe la France parmi les investisseurs ?
J.S. : L’Union Européenne concentre la plus grande part des investissements en chiffres cumulés avec en première file la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas mais dernièrement parmi les premiers investisseurs se trouvaient aussi les Américains. Les investisseurs français ont démontré jusqu’à présent une grande confiance en l’Espagne pour y implanter leurs activités. En 2008, la France a été le 3e investisseur en Espagne avec 2,25 milliards d’euros investis, soit 244% de plus que l’année précédente. Dans les stocks d’IDE, elle occupe également la 3e place avec plus de 38 milliards investis en Espagne. La France est devenue le 1er investisseur durant le 1er semestre 2009 avec plus d’1,37 milliard investi, et beaucoup de projets greenfields…
Propos recueillis par S.Morel
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