Jeudi 02.09.2010

« La France soutient les priorités de la PEUE »

Depuis le 1er janvier et jusqu’au 30 juin, l’Espagne occupe la Présidence de l’Union Européenne (PEUE). De quoi occuper largement l’Ambassade de France qui participe à 370 réunions durant ces six mois. Malgré cet agenda chargé, l’Ambassadeur, Bruno Delaye, a accepté de faire le bilan 2009 des relations franco-espagnoles et de nous parler des grands chantiers d’avenir.

Bruno Delaye occupe depuis deux ans et demi le poste d'Ambassadeur de France en Espagne.

Bruno Delaye occupe depuis deux ans et demi le poste d'Ambassadeur de France en Espagne.


LCE : Comment se portent les relations France/Espagne en ce début 2010?
Bruno Delaye :
Jamais les relations franco-espagnoles n’ont atteint un tel niveau de confiance et d’efficacité.

Quels ont été les temps forts de 2009?
La visite d’Etat du président de la République à Madrid les 27 et 28 avril 2009, suivie par le XXI Sommet bilatéral, ont confirmé une grande proximité entre les deux pays. Je note également un succès en matière de coopération franco-espagnole dans la lutte contre l’ETA avec pour la seule année 2009, 78 arrestations en France et 126 arrestations en Espagne de membres de l’ETA et de personnes proches de la mouvance basque.

Quel est le bilan de la coopération entre les deux pays en matière de terrorisme ?
La France et l’Espagne sont déterminées à en finir avec l’organisation terroriste ETA et se donnent tous les moyens pour y parvenir. La 1re réunion du « Comité de Planification Stratégique de Sécurité Intérieure » vient par exemple d’avoir lieu à Paris. En 2009, 33 etarras ont été arrêté en France dont 24 porteurs d’armes et 45 personnes proches de la mouvance basque ont fait également l’objet d’une arrestation sur le territoire français. En Espagne, 26 etarras ont été détenus ainsi que 100 personnes proches de l’ETA. Ajouter à ces chiffres, les deux arrestations de cette année au Portugal et les 3 arrestations en France.

Où en est-on des interconnexions transpyrénéennes entre les deux pays ?
Sur le plan de l’énergie (électricité et gaz), nos projets d’interconnexions avancent bien. Pour l’électricité, les études de tracé de la nouvelle ligne Très Haute Tension (Línea Muy Alta Tension MAT) entre nos deux pays se poursuivent avec un objectif de mise en service en 2013. La coopération entre nos deux opérateurs RTE et REE est à ce titre exemplaire. Pour le gaz, les études de marché en cours pour augmenter la capacité de nos interconnexions gazières sur les façades Atlantique et Méditerranée (projet Midcat) – qui est une volonté partagée par nos deux Etats – montrent l’intérêt des investisseurs. L’excellence de notre coopération énergétique s’exprime aussi dans le cadre de l’Union Pour la Méditerranée (UPM), à travers les objectifs du Plan Solaire Méditerranéen. La France et l’Espagne sont toutes deux mobilisées sur ce projet énergétique stratégique. La France présentera d’ailleurs sous peu à l’Espagne un projet de «transport» d’énergie renouvelable, Transgreen, complémentaire du projet de «production» d’énergie renouvelable solaire Desertec. Et nous espérons que France et Espagne puissent s’associer à ce projet de transport d’énergie renouvelable entre le Nord et le Sud de la Méditerranée.

Qu’en est-il des transports ?
C’est l’autre volet majeur de nos relations transfrontalières, et surtout le transport ferroviaire. Il faut savoir que 20 000 poids-lourds traversent chaque jour les Pyrénées (quasiment à part égale entre Biriatou côté Atlantique, et le Perthus côté méditerranéen). C’est le double du trafic entre la France et l’Italie. Alors que seulement 4% du trafic transpyrénéen est assuré par le rail, soit l’un des plus faibles taux d’Europe. Pour inverser cet état de fait nos deux gouvernements sont engagés dans le développement de services ferroviaires et maritimes entre nos deux pays.
Côté méditerranéen, la mise en service de la nouvelle ligne ferroviaire Perpignan-Figueras est prévue  à partir de 2011 par la ligne classique espagnole actuelle, et à partir de 2012 par la nouvelle ligne à grande vitesse. Le Président de la SNCF, Guillaume Pepy, vient de réaffirmer à Barcelone l’objectif qu’il partage avec la RENFE d’opérer en partenariat cette ligne. Car, au-delà de l’infrastructure, il convient d’organiser dès maintenant le service que nous offrirons aux entreprises de transport, et aux Français et Espagnols, qui utiliseront cette ligne.

Et côté Atlantique ?
Nos deux gouvernements ont lancé le projet d’une nouvelle liaison à grande vitesse Dax-Vitoria. Les études se poursuivent afin de respecter l’objectif d’une mise en service à horizon de saturation de la ligne actuelle en 2020, et ce dans le plus grand respect de l’environnement de cette région.
Enfin j’ai lancé en octobre dernier avec le Secrétaire d’Etat Victor Morlan le Groupe Européen d’Intérêt Economique (ADIF et RFF) qui sera chargé d’étudier la faisabilité d’une nouvelle traversée ferroviaire dédiée au fret entre nos deux pays.

Les liaisons maritimes aussi se développent…
L’accord intergouvernemental que nous avons signé l’an dernier devrait nous permettre de mettre en service cette année deux Autoroutes de la Mer entre Nantes et Gijon d’une part, et entre Nantes-Vigo et le Havre-Vigo-Algesiras d’autre part. Avec les soutiens de nos deux gouvernements et de l’UE, ces projets doivent permettre le transport par voie maritime de 100 000 camions par an à terme.
Ces infrastructures et services de transport par rail et par mer sont prioritaires non seulement pour nos deux pays, mais aussi et surtout pour l’Europe : elles font partie du réseau Trans-Européen de Transports et reçoivent des  financements européens à ce titre.

Comment se porte la diffusion de la culture et de la langue française en Espagne ?
Nous avons en Espagne le plus gros réseau de lycées français d’Europe, le deuxième du monde. Ils scolarisent 20 000 élèves, dont les deux tiers sont espagnols. Et la demande est croissante ! Nous venons par exemple d’ouvrir une école à Séville, et nous sommes contraints d’accroitre les capacités d’accueil de plusieurs de nos établissements. C’est un signe de santé !
Dans le domaine culturel, les échanges sont très denses : il n’y a pas un jour qui passe sans qu’un auteur, un artiste ou une troupe française se produise en Espagne. J’ai le sentiment qu’une véritable culture franco-espagnole est en train de naître. C’est à mes yeux essentiel, à la fois pour l’amitié entre nos deux pays et pour la construction européenne.

Quel rôle entend jouer la France lors de l’actuelle Présidence Espagnole de l’Union Européenne (PEUE) ?
La France et l’Espagne s’accordent sur deux grands chantiers (institutionnel et économique et social) pour faire de l’Union européenne un acteur de la mondialisation et nos deux pays ont une plus grande convergence de vues sur l’essentiel des dossiers européens telles que la sortie de crise, la politique extérieure, la PESD (Politique Européenne de Sécurité et de Défense) ou encore l’UPM. Le président de la République soutient le président Zapatero s’agissant des objectifs ambitieux de la présidence espagnole pour promouvoir le rôle de l’Europe dans le monde et poser les bases d’une nouvelle pratique institutionnelle. La France soutient notamment les grandes priorités de la PEUE : la stratégie européenne de sortie de crise, la constitution d’un SEAE (Service Européen d’Action Extérieur) fort, le renforcement d’une Europe de la défense et la volonté d’achever la construction de l’UPM.
Propos recueillis par S.M.

Imprimer cet Article Imprimer cet Article