L’Institut Français de Madrid fête ses 100 ans
2010 sera une grande année pour l’Institut Français de Madrid qui célèbre son centenaire. L’occasion de revenir sur l’installation de Vatel en octobre dernier, celle de l’Institut de la mode Mod’Art en octobre prochain et le calendrier culturel chargé qui attend les visiteurs. Pour en parler, nous avons rencontré son directeur, Serge Fohr.

Après avoir travaillé à Biarritz, au Mexique, en Argentine, en Equateur, en Colombie et au Portugal, Serge Fohr est arrivé en Espagne comme attaché culturel à l’Ambassade de France, avant d’être nommé directeur de l’Institut Français de Madrid, poste qu’il occupe depuis trois ans.
Le Courrier d’Espagne : Cette année, l’Institut Français de Madrid fête son centenaire. Quels vont en être les temps forts ?
Serge Fohr : Il y en aura plusieurs. A Pâques, nous publierons une brochure qui reprendra toute l’histoire de l’Institut Français de Madrid. C’est un gros travail car les archives sont éparpillées un peu partout. On en trouve à Toulouse, à Bordeaux et même chez des particuliers.
D’autre part, dans le cadre du programme Demon, organisé avec le service culturel de l’ambassade nous accueillons les « Solos du Centenaire », un programme de performances autour de personnalités de la danse et du théâtre qui seront seules sur scène, des sortes de one man show auxquels participeront entre autres le comédien Denis Podalydès ou encore les danseurs Frank Micheletti ou Fabrice Lambert.
Enfin, nous accueillons en juin une exposition avec le concours de la SECC (Société espagnole de commémorations culturelles) sur Daniel Mordzinski qui a photographié tous les grands écrivains espagnols, français et latino-américains. C’est une très belle exposition et un prétexte pour parler des relations culturelles. D’autant plus que l’on célèbre en même temps la présidence espagnole de l’Union Européenne et les proclamations des indépendances en Amérique latine pour lesquelles la France a joué un grand rôle, que ce soit par la propagation des idées des Lumières et de l’Encyclopédie ou plus tard comme conséquence des invasions napoléoniennes en Espagne.
LCE : Mise à part la célébration du centenaire, pouvez-vous nous donner un avant-goût de la programmation 2010 à l’IFM ?
S.F. : Nous aimerions faire venir Hugues Auffray qui est un ancien élève du Lycée Français de Madrid afin qu’il donne un concert. En février, nous accueillons une exposition de photographies de mode de Josephine Douet. En mars, ce sera la semaine de la Francophonie. Tout au long de l’année, nous recevons un cycle de conférences données par le collège de France et l’École des hautes études en sciences sociales, l’EHESS, avec des pointures internationales comme par exemple Anne Fagot-Largeault qui viendra parler des problèmes éthiques et anthropologiques que posent la recherche sur les cellules souches. Nous accueillerons aussi un cycle de cinéma sur Robbe-Grillet, un cycle « premier film » pour faire connaître les nouveaux réalisateurs français et un autre de films légers pour oublier la crise, «le cinéma français dans tous ses états » avec Gazon Maudit, le Père Noël est une ordure ou Ridicule. Il y aura presque tous les jours quelque chose. Il faut que ça vive un Institut et que chacun y trouve son compte…
LCE : Dans ce sens, l’année 2009 a été aussi une année très riche en événements…
S.F. : Oui. L’année culturelle a été très bonne car nous travaillons en synergie avec l’ambassade et nos partenaires espagnols. Les spectacles du festival d’Automne Cocorico ou Pénélope Ô Pénélope ont très bien marché. Nous avons développé la médiathèque pour en faire un lieu de culture à part entière avec des conférences, des présentations de livres, ce qui nous permet de faire venir un nouveau public, et une partie «chiquiteca» pour les enfants avec des conteurs, des animations… La cafétéria a rouvert avec une nouvelle équipe, le traiteur Eneko, et propose en plus du menu du jour, des plats à la carte. Et puis, 2009 a été très positive au niveau des cours de français avec une augmentation de 20% des effectifs. Nous avons dû recruter 18 professeurs, ce qui porte le total à 70 pour 5000 élèves, dont 4000 intra-muros et 1000 en entreprises. Nous sommes sans doute l’un des premiers Instituts Français au monde.
LCE : La grande nouveauté, c’est aussi l’installation de Vatel.
S.F. : Oui. En octobre dernier, nous avons accueilli dans les murs de l’Institut Français l’école hôtelière Vatel qui marche très bien et se montre très optimiste pour la suite. A la rentrée 2010, ce sera au tour de l’institut de la mode, Mod’Art, de s’installer dans les salles de l’IFM. La présence de ces écoles, grâce à l´engagement et à l´appui de notre Ambassadeur, apporte une plus-value à notre image. Les deux secteurs qu’elles représentent : le tourisme et l’hôtellerie d’un côté, la mode de l’autre, sont très porteurs au niveau du renom de la France. Par ailleurs, une des consignes du Ministère est de développer les partenariats public-privé. Cela permet de faire découvrir l’Institut à des gens qui ne seraient jamais venus et de faire connaître le savoir-faire français dans l’industrie culturelle.
LCE : Vous avez été nommé en août dernier directeur de l’EUNIC, le réseau européen des instituts culturels nationaux. En quoi cela consiste-t-il ?
S.F. : Il s’agit de monter des opérations avec la Commission Européenne et de nouer des collaborations avec les différents instituts culturels européens, tel que le Goethe Institut qui détenait auparavant la présidence. Pour ma part, je souhaite profiter de la présidence espagnole de l’UE pour mener une opération autour de la femme européenne.
LCE : Quels sont vos objectifs pour 2010 ?
S.F. : Mon rôle consiste à ce que de plus en plus d’Espagnols aient accès à la langue et la culture française. C’est dans ce sens que nous avons passé un accord avec la Fédération des municipalités de la Communauté de Madrid afin de développer des annexes de l’Institut dans certaines communes de la région, comme Alcala de Henares. Je souhaiterais aussi ouvrir une annexe dans le nord de Madrid, dans les nouveaux quartiers entre Chamartín et Arturo Soria.
LCE : Et augmenter le chiffre d’affaires ?
S.F. : Bien sûr, il est fondamental que l’Institut équilibre ses comptes. Nous fonctionnons comme une PME, avec un chiffre d’affaires d’environ quatre millions d’euros. Depuis 2 ans l´Institut a retrouvé une place dans le paysage culturel madrilène et une situation financière saine car les équipes se sont retroussées les manches. Aujourd’hui, non seulement les cours nous permettent d’équilibrer les comptes, mais sur l’exercice 2009, nous dégageons une marge bénéficiaire. Ceci dit, j’aimerais que les sociétés nous donnent un coup de main. L’Espagne est sans doute l’un des pays qui comptent le plus d’entreprises françaises au monde avec donc des exigences en ce qui concerne la connaissance de la langue. Or nous offrons des certifications officielles: le DELF et le DALF, qui témoignent du niveau de français. Le monde de l’entreprise pourrait valoriser ces diplômes en les mentionnant lorsqu’ils passent une annonce. Nous serions gagnants d’un côté comme de l’autre…
Propos recueillis par S.Morel
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