« Ici, il faut se connaître pour faire des affaires » | Le Courrier d'Espagne
Mardi 07.02.2012

« Ici, il faut se connaître pour faire des affaires »

Avec près de 2,2 millions d’utilisateurs en Espagne, Xing est le leader des réseaux sociaux professionnels en Espagne, devant le numéro 1 international LinkedIn. Daniel Perez, Directeur Général en Espagne, nous parle de sa stratégie et de l’avenir du secteur.

Daniel Perez, Directeur Général de Xing Espagne. Photo S. Morel

Daniel Perez, Directeur Général de Xing Espagne. Photo S. Morel

En Espagne, Xing est numéro 1 des réseaux sociaux professionnels, devant LinkedIn…
Daniel Perez : Notre force est d’être présent localement, ce qui nous permet d’être plus proches des utilisateurs. Nous comptons sur une équipe de 11 personnes qui travaille depuis Barcelone au développement du site espagnol et qui peut répondre aux questions et remarques de nos membres, émettre des suggestions… Selon nous, cette présence locale, quand d’autres réseaux sociaux pensent pouvoir gérer le site depuis un siège à l’étranger, est essentielle pour la pénétration du marché. De plus, nous sommes présents dans les 18 principales villes espagnoles par le biais des “Ambassadeurs Xing”.

Des ambassadeurs?
Chaque communauté possède un modérateur dans sa région. Ils n’ont aucun type de contrats mais ils vont dynamiser le réseau, créer du networking dans la vie réelle. En échange, ils gagnent un certain poids dans la communauté et du prestige. Nous leur faisons passer un entretien afin de savoir s’ils ont un network important. Ils doivent bien connaitre leur ville et les opportunités qui existent pour en faire profiter leur réseau. Nous leur demandons d’organiser au minimum un événement tous les trimestres…

Poursuivre les relations virtuelles dans la vie réelle, c’est important ?
C’est fondamental. D’autant plus dans un pays comme l’Espagne où les relations humaines sont indispensables. Ici, il faut se connaître pour faire des affaires. Il faut une interaction physique, un contact personnel. C’est d’ailleurs pour cela que la vente par correspondance est un phénomène qui est resté marginal en Espagne… De plus, les réunions de networking génèrent de la crédibilité pour la web. Ils permettent de trouver des collaborateurs, des employés, des fournisseurs… Et de voir la réalité de son réseau.
Qui sont les utilisateurs de Xing en Espagne ?
Ils sont 1,2 million. Le profil type est une personne d’environ 30 ans. A 52% ce sont des hommes et 48% des femmes. En moyenne, ils ont six ou sept ans d’expériences professionnelles et à 61%, ils possèdent un diplôme d’études supérieures. Les secteurs les plus représentés sont ceux des technologies de l’information et de la communication, le consulting, la banque et la finance, les professionnels du monde du marketing et les entrepreneurs qui  cherchent des contacts, des partenaires à niveau local, des cadres moyens.

Quelle est votre stratégie de développement ?
De manière organique, nous avons une croissance importante. Sans rien faire, par le simple fait que les gens invitent leurs connaissances, le réseau se développe. A cette croissance virale, nous ajoutons des campagnes de marketing online et offline. Et nous faisons du networking avec les chambres de commerce, les universités,…

D’où provient votre financement ?
Xing est une société côtée en bourse depuis 2006 qui réalise un chiffre d’affaires mondial d’environ 40 millions d’euros avec une marge de près de 35%. C’est un modèle d’entreprise qui fonctionne grâce  à deux sources principales de revenus.
D’une part, nous vendons aux entreprises de la présence sur le réseau, de la visibilité et des campagnes de marketing ciblées. Car nous pouvons regrouper des membres au pouvoir d’achat élevé et segmenter le réseau en fonction des goûts, de l’âge ou du secteur d’activité des membres. Ainsi les marques touchent directement les segments qui les intéressent.
D’autre part, d’un point de vue plus corporatif, nous proposons aux marques d’acheter des solutions qui leur permettent d’intégrer dans un portail d’emploi les candidats qui souhaitent travailler pour eux, avec la possibilité d’envoyer des newsletters régulières et des informations aux candidats potentiels, de participer à des forums… C’est ce que nous appelons du recrutement 2.0. Et puis, nous tirons aussi nos revenus de la vente de compte « Premium » aux utilisateurs qui souhaitent pouvoir entrer en contact avec  n’importe quel membre. Néanmoins, cette dernière possibilité n’est pas encore très développée en Espagne.

Etes-vous beaucoup touché par la crise ?
La crise nous touche autant en bien qu’en mal. En bien parce que nous avons de plus en plus d’inscrits  qui cherchent des opportunités d’affaires. Jusqu’à il y a peu, on considérait les portails d’emploi comme la seule façon de trouver un travail. Aujourd’hui, les réseaux sociaux professionnels ont plus de valeur. Cependant, la crise nous frappe aussi négativement car les entreprises ont des budgets plus serrés à nous accorder. Néanmoins, Internet est l’unique support qui résiste aux coupes budgétaires en publicité et il lui reste un gros potentiel. En Espagne, l’investissement en publicité sur Internet est de 11%, alors qu’au Royaume-Uni, il dépasse celui de la télévision.

Quel poids pensez-vous que vont prendre les réseaux sociaux dans le futur ?
Les internautes passent aujourd’hui plus de temps sur les réseaux sociaux que sur les moteurs  de recherche. Les marques se doivent donc d’y être présentes. Les réseaux ont augmenté la portée qu’une entreprise peut atteindre. Ils permettent de toucher n’importe quel contact partout dans le monde, d’économiser du temps et des coûts.. Auparavant, les entreprises ne pouvaient pas s’adresser directement avec les consommateurs. Aujourd’hui, la manière de dialoguer, le feed-back et la portée des entreprises n’ont quasiment pas de limites. Néanmoins, ils ne restent qu’un outil et les entreprises doivent continuer à soigner la qualité et le produit. Si l’entreprise parvient à vendre, c’est que son service est bon. La concurrence remet chacun à sa place. La présence sur le réseau ne suffit pas. Internet est transparent. Si un produit n’est pas à la hauteur, les utilisateurs vont communiquer mal dessus. En revanche, s’il est bon, le réseau social est un outil incroyable, un véritable accélérateur de croissance.

Comment réagit l’Espagne au secteur ?
Les réseaux sociaux professionnels ont encore beaucoup de chemin à parcourir en Espagne. Ce n’est pas encore un secteur mûr mais au contraire un secteur jeune, débutant et en pleine croissance. Environ 10% des professionnels espagnols utilisent les réseaux sociaux professionnels. Et encore, il y a beaucoup de différences entre les cabinets de conseils en technologie où ce chiffre peut atteindre les 25%, et les entreprises traditionnelles, l’industrie, le retail…, où il n’atteint pas les 5%. Tout dépend du secteur et aussi de la ville.

Quel est votre objectif ?
Je pense que l’on peut espérer atteindre les 4 ou 5 millions d’utilisateurs dans les prochaines années. Des réseaux comme Facebook parviennent à toucher 65% des internautes….

Propos recueillis par Sandrine Morel



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