Associer investissement et ONG | Le Courrier d'Espagne
Mardi 07.02.2012

Associer investissement et ONG

Etre rentable et solidaire en même temps : c’est le but que se sont fixés les créateurs de Socialbid, Eduardo Jiménez et Rodrigo Aguirre de Cárcer. Le principe de leur entreprise : mettre aux enchères ou à prix cassés des produits haut de gamme, puis reverser l’argent récolté à des ONG. Un modèle économique appelé à se développer en Espagne.

SocialBid organise des ventes aux enchères en partenariat avec certaines entreprises. Ici, c'est le groupe hôtelier Barceló qui a offert une voyage à Barcelone et à Malaga. Photo : SocialBid/DR

SocialBid organise des ventes aux enchères en partenariat avec certaines entreprises. Ici, c'est le groupe hôtelier Barceló qui a offert une voyage à Barcelone et à Malaga. Photo : SocialBid/DR

Comment fonctionne votre entreprise ?

Elle fonctionne comme un triangle : les donateurs, les entreprises et Socialbid. Nous permettons aux ONG d’avoir accès à des sources importantes de financement, surtout les plus petites. Ça leur permet aussi d’avoir une plus grande visibilité.

Beaucoup de célébrités collaborent avec nous : Rafael Nadal, Javier Bardem, le chanteur Joaquin Sabina…

Quant aux entreprises, elles peuvent nous donner toutes leurs marchandises invendues. Elles évitent ainsi de perdre de l’argent. De plus, nous organisons des campagnes de communication dans les médias afin de valoriser la marque. Nous n’avons pas de problèmes avec ce genre de choses.

Les grandes marques font souvent appel à vous ?

Oui, nous organisons des ventes particulières avec certaines marques. Nous l’avons fait avec HP pour des ordinateurs, avec Vodafone, ou la marque de vêtements Timberland.

Nous travaillons aussi avec des hôtels comme l’Intercontinental à Madrid ou les hôtels Barceló, à Majorque cette fois-là. Nous organisons souvent des ventes en avant-première.

C’est une bonne fenêtre pour les marques. Elles sont sûres de vendre. Les campagnes de communication que nous organisons autour de ces évènements sont d’ailleurs assez importantes. Donc ils vendent et ils se donnent une image positive.

Vous vous êtes engagés avec votre associé Eduardo à ne toucher aucun pourcentage sur les bénéfices de la société. Est-ce le cas pour tous les investisseurs ?

C’est vrai. Cela permet une certaine transparence vis-à-vis des entreprises et des ONG. En revanche, les autres investisseurs, les banques par exemple ou les sociétés de capital-risque qui ont investi, toucheront une partie des bénéfices chaque fois que nous en ferons.

Automatiquement, 25% des bénéfices vont à la quarantaine d’ONG avec lesquelles nous travaillons. En deux ans d’existence de Socialbid, elles ont touché près de 650 000 euros.

Ce modèle d’entreprise solidaire est-il répandu en Espagne ?

Non pas du tout. L’Espagne n’est pas à la base le pays idéal pour ce genre de concept. Ce n’est pas ici que le commerce par Internet fonctionne le mieux . Il n’y a pas de structure professionnelle, à l’inverse de la France ou de l’Angleterre.

Je pense que cela tient au fait que l’Etat espagnol donne beaucoup d’aide, ce qui ne permet pas aux entreprises et aux ONG de travailler ensemble. Mais le modèle espagnol est en train d’évoluer. Petit à petit, cela aura vraiment sa place ici.

Investir en pleine crise dans une société de ce genre n’est pas un peu risqué ?

Non, je pense que pour les sociétés, c’est une bonne manière de se débarrasser de leurs stocks invendus.

En ce qui concerne ceux qui veulent investir, c’est la meilleure période pour essayer justement un fonctionnement qui sort de l’habituel. Ça coûte peu aux entreprises, et le retour sur investissement est intéressant, en terme de visibilité et d’économie pour ceux qui investissent. Les sociétés de capital risque sont intéressées par notre entreprise : Caja Navarra, par exemple, a investi 350 000 euros.

Quels sont vos projets de développement ?

Nous voulons nous doter d’un conseil d’administration. Il devrait exister d’ici quatre mois je pense. Cela nous permettra de toucher plus de gens, que ce soit dans le monde des affaires, celui du marketing et du commercial.

Cela nous donnera aussi la possibilité de nous fortifier, puis de nous développer. A terme, nous aimerions installer des antennes de SocialBid à l’étranger.

Propos recueillis par Cécile Ferez



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