« Aujourd’hui, les accréditations d’Ambassadeurs étrangers à Monaco ne cessent de croître »

 -  -  474


Biologiste marin de formation, S.E.M Patrick Van Klaveren est l’Ambassadeur de Monaco en Espagne depuis 2010, mais il est aussi l’Ambassadeur de la Principauté pour les questions environnementales internationales. Le Courrier d’Espagne a eu la chance de pouvoir s’entretenir avec cette personnalité riche qui présente, en plus de cette double casquette, une forte sensibilité artistique. Rencontre.

S.E.M Patrick Van Klaveren – Photo Julia Robles

Le Courrier d’Espagne (LCE) : Quel est votre parcours pour commencer ? S.E.M Patrick Van Klaveren : J’ai fait une maîtrise de biologie, puis j’ai passé l’agrégation en biologie-géologie, je suis devenu enseignant puis censeur d’un des deux grands ensembles scolaires principaux de Monaco. Ensuite j’ai pris la direction du Centre scientifique de Monaco qui s’occupait de la recherche-surveillance de l’environnement marin et des relations internationales dans le même domaine. Par la suite, ces différentes thématiques ont été réparties en services spécialisés et j’ai eu la charge de créer le service de  l’Environnement à Monaco puis j’ai focalisé mes actions sur les missions internationales. Aujourd’hui, le Centre scientifique de Monaco se concentre  sur sa mission de recherche océanographique et biomédicale. La Direction de l’Environnement suit l’état des milieux et argumente la politique environnementale nationale et la partie intergouvernementale multilatérale, que je continue à suivre encore aujourd’hui. Aux côtés de ces trois structures, la Fondation Prince Albert II pour l’environnement développe des projets de terrain sur tous les continents. Juste avant de prendre ma retraite, il m’a été proposé d’élargir mon domaine d’intervention à des relations bilatérales. Je suis donc arrivé en Espagne en janvier 2010, j’en suis ravi, moi qui  ne connaissait pas très bien l’Espagne intérieure, j’ai pu vraiment apprécier ce Pays et ses habitants. LCE : Selon vous, comment se caractérisent les relations entre Monaco et l’Espagne ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Elles se caractérisent plus particulièrement par les rapports fréquents entre Sa Majesté le Roi et Son Altesse Sérénissime le Prince. Rappelons que la reine Victoria Eugénie était la marraine du Prince Albert II et que les relations historiques avec l’Espagne ont connu des moments intenses, comme à l’époque l’empereur Charles Quint, avec la mise en place d’un protectorat espagnol par le traité de Burgos (Protectorat qui a duré plus d’un siècle), où les intenses relations entre le prince Albert 1er et le roi Alphonse XIII développant en commun des travaux de recherches océanographiques et paléontologiques en Espagne. La population monégasque en Espagne n’est pas très importante de même que la population espagnole résidente ou active à Monaco ; il doit y avoir moins de 200 espagnols travaillant en Principauté, dont une majorité réside en dehors. LCE : Aujourd’hui comment vont les investissements monégasques en Espagne ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Je n’ai pas de données chiffrées des investissements proprement dits. Au niveau des échanges commerciaux, l’Espagne est placée au 4ème rang (5%) pour les exportations et au 12ème pour les importations (2,2%). LCE : Est ce que la Principauté mène des actions pour la promotion de Monaco à l’extérieur dans le domaine touristique ? Oui bien sûr, mais ils est difficile d’en mesurer l’impact en Espagne. Par ailleurs, nous savons que les flux touristiques espagnols ne privilégient pas la région Sud-Est de l’hexagone, mais se dirigent davantage vers la région parisienne. En dehors de la curiosité que suscite Monaco et de l’attrait des grands événements monégasques culturels, économiques, sportifs ou mondains, nous sommes dans une situation semblable à celle de la Côte d’Azur. En 2012, en terme de nuitées, l’Espagne arrivait au 10ème rang avec 15.000 nuitées ; ce qui ne représentait que 1.8%. Sur la présence internationale de la place touristique monégasque, la Direction du Tourisme et des Congrès de la Principauté participe régulièrement à la foire de tourisme de Barcelone, accompagnée des principaux acteurs du secteur.

Photo Julia Robles

LCE : Quel est votre rôle vis-à-vis de la Chambre de Développement Economique de Monaco ici en Espagne ? S.E.M Patrick Van Klaveren : mon rôle est tout à la fois de prôner la Principauté et ses atouts, mais également d’explorer les possibilités offertes par l’Espagne pour l’économie monégasque (sans oublier le potentiel présenté pour les résidents, tourisme, études universitaires linguistiques ou médicales). Sur le plan des entreprises la CDE est un acteur de premier plan. Mais vous savez, il faut se rappeler des proportions, le monde est grand et les cibles de la CDE sont très diversifiées ! La Chambre, avec ses membres, organise trois déplacements par an, souvent en accompagnant une visite officielle de SAS le Prince Albert II. En moyenne, ce sont 60 à 80 entreprises monégasques qui participent à ces visites.  Avec la CDE, nous avons organisé à Monaco une conférence, pour permettre à deux industriels catalans de présenter l’économie espagnole aux membres de la Chambre. Le dynamisme et la créativité du milieu industriel espagnol y ont été particulièrement soulignés. Mais l’attractivité monégasque s’exerce non seulement au niveau des entreprises, mais au niveau des particuliers, séduits par le haut niveau de notre système éducatif, de la sécurité qui règne en Principauté ainsi qu’au potentiel relationnel que possède la Principauté (119 nationalités différentes cohabitent sur les 2km² de la Principauté). Pôle d’emploi pour la région, la Principauté possède une population laborieuse (50.000), supérieure à la population résidente (36.000 habitants). Chaque jour ce sont environ 30.0000 salariés qui viennent des régions voisines françaises et italiennes. C’est dire l’impact socio-économique de la Principauté sur ces régions voisines. LCE : L’Amérique latine est en plein boom ces dernières années. Est-ce que l’Espagne est un pont entre l’Amérique latine et Monaco ? S.E.M Patrick Van Klaveren : pas au premier degré. Bien qu’ayant un réseau consulaire actif, nous n’avons pas d’Ambassade dans les pays d’Amérique latine. Du fait de relations bilatérales humanitaires, environnementales ou sportives avec des pays de la sphère latino-américaine, nous avons des relations privilégiées avec leurs représentants diplomatiques madrilènes. A ce titre, notre Ambassade à Madrid peut faciliter les relations avec ce continent. LCE : Quand une entreprise monégasque veut investir en Espagne, est-ce qu’elle fait appel à vos services ? S.E.M Patrick Van Klaveren : L’Ambassade ne possède pas de service commercial, mais notre réseau consulaire, fait de personnalités bien implantées dans les réseaux économiques et sociaux des différentes régions espagnoles, est là pour identifier les contacts et faciliter les rencontres. Dans l’autre sens, pour les entreprises comme les particuliers, la Principauté a créé des services d’information et d’accueil vers lesquels nous orientons les intéressés (Monaco Welcome and Business Office, la Chambre de Développement Economique, des associations d’accueil et d’aide à l’implantation des étrangers…). Le système monégasque est bien rodé. LCE : Quelle est l’image de Monaco en Espagne aujourd’hui ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Il est difficile de s’en faire une idée en dehors de celle des cercles que nous fréquentons ou de celle qui est véhiculée par les médias. Il y a ceux qui connaissent ou se donnent la peine de connaître la réalité du pays et ceux qui se contentent d’images superficielles. Les premiers la véhiculent ou la médiatisent objectivement, voire sympathiquement, les seconds sont parfois très facilement critiques.  Sur la facette vie publique et glamour de la Principauté, qui est une des composantes de mon pays (parmi d’autres), un journal comme Hola, par exemple, s’avère clairvoyant… Pour mieux faire connaître les caractéristiques de la Principauté, nous mettons à profit des manifestations comme le « Bal de la rose », à l’occasion duquel nous organisons des visites thématiques ; c’est ainsi qu’en 2011, nos invités espagnols ont pu découvrir, au-delà du Monaco touristique, le Monaco médical et économique ; je dois dire qu’actuellement encore ils me font part de leur étonnement… La place importante donnée au sport en Principauté est très bien médiatisée en Espagne, surtout quand ce sont des sportifs espagnols populaires qui gagnent. LCE : Le Département des Relations Extérieures a été créé en 2005, c’est relativement jeune. Comment fonctionne ce département et comment s’est-il construit ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Jusqu’en 2005 c’est le Ministre d’Etat de la Principauté qui, secondé par un Secrétariat des Relations Extérieures, mettait en œuvre la politique monégasque des affaires étrangères décidée par le Souverain. Cela découlait de l’Accord franco-monégasque de 1930 relatif aux emplois publics… La modification du Traité en 2002 et le nouvel Accord sur les emplois publics en 2005 ont ouvert diverses possibilités dans le domaine des relations internationales, dont celle d’avoir un Ministre d’Etat de nationalité autre que française et d’avoir des représentations diplomatiques d’Etats étrangers à Monaco. En parallèle, a été créé un véritable Département (équivalent à un Ministère) des Relations Extérieures (Monaco compte 4 autres Départements pour : les Finances et Economie – les Affaires Sociales et la Santé –  l’Intérieur – l’ Equipement l’Environnement et l’Urbanisme.) A la tête de chaque Département un Conseiller de Gouvernement, dont le rôle est équivalent à celui d’un Ministre. C’est un changement de statut, mais c’est aussi une ouverture vers les autres pays. Aujourd’hui, les accréditations d’Ambassadeurs étrangers à Monaco ne cessent de croître. Actuellement, il y a 96 Ambassadeurs, dont trois résidents (la France, l’Italie et l’Ordre Souverain de Malte). C’est pour nous un grand signe de reconnaissance internationale. LCE : Vous avez organisé l’exposition « Monaco-Madrid : Puente de Arte » en 2012 à la Casa de Vacas dans le Parque del Retiro, envisagez-vous de reproduire ce type d’événement ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Oui, tout a fait, grâce à l’amabilité des responsables du Parc del Retiro. C’est un domaine dans lequel les relations entre Monaco et l’Espagne sont fructueuses. L’année dernière, nous avons organisé cette exposition avec l’Association Internationale des Arts Plastiques Monégasques auprès de l’Unesco, dont les artistes exposent chaque année dans différents pays. Pour ce qui concerne notre exposition, elle a présenté la particularité d’être ouverte à des artiste madrilènes de renom d’où son intitulé «  Puente de Arte ». Nous recommencerons cette expérience en février 2014, à Barcelone où nous aurons le privilège d’être accueillis dans le prestigieux site de l’Hospital de la Santa Creu i Sant Pau, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. A cette occasion, ce sont des artistes catalans qui seront associés à nos artistes monégasques. D’autre part, chaque année à Monaco, l’Association organise une exposition de ses membres  et invite un pays. Cette année, en novembre, l’Espagne sera à l’honneur. Véritables ambassadeurs de la culture monégasque, les Ballets de Monte-Carlo se produisent régulièrement en Espagne, récemment à Madrid. Ils seront prochainement à Grenade, en Catalogne, au château de Perallada le 27 juillet, et à Barcelone en février 2014. LCE : Pour un artiste espagnol, exposer à Monaco c’est un événement. S.E.M Patrick Van Klaveren : Oui, De façon générale, beaucoup de personnalités du milieu artistique témoignent d’un vif intérêt pour la Principauté et reconnaissent notre Pays comme un haut lieu de la culture. Les demandes sont fréquentes, mais la place est rare. Faire connaître les artistes espagnols, de même que la médiatisation de leur présence à Monaco, sont de bons outils de compréhension mutuelle entre les deux Pays. LCE : Comment est construit votre réseau consulaire en Espagne ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Nous avons un réseau de Consuls honoraires qui compte 7 postes consulaires qui recouvrent toute l’Espagne, occupés par 9 consuls ou vice-consuls basés à Barcelone, Bilbao, Madrid, Malaga, Palma de Majorque, Tenerife et Valencia. LCE : Vous êtes aussi passionné d’écologie marine et Ambassadeur pour Monaco sur les problématiques environnementales internationales ? Menez-vous une action à ce sujet ici ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Oui, de part mes fonctions antérieures, j’ai établi de nombreuses relations avec des hauts fonctionnaires ou universitaires espagnols. Ces relations facilitent mon approche des divers Ministères ; nous avons déjà des sensibilités méditerranéennes communes qui nous permettent de mieux nous comprendre. J’essaye de développer mes relations avec eux dans les réunions internationales à travers des positions voisines. Nous essayons de faire entendre une voix méditerranéenne en quelque sorte, car dans les grands ensembles onusiens, la Méditerranée n’existe pas ! Il y a l’Europe du Sud, l’Afrique du Nord et l’Asie de l’Ouest… De ce fait, nous essayons d’allier nos forces. Les Espagnols étant très dynamiques dans le domaine de la gestion de l’environnement. Nous sommes, à Monaco, particulièrement actifs sur le plan régional, au travers de trois instruments de coopération intergouvernementale : l’Accord Pelagos et l’Accord ACCOBAMS, tous deux relatifs à la protection des cétacés ainsi que l’Accord RAMOGE, sur la conservation du milieu marin régional. L’Espagne est un des signataires très actif de l’ACCOBAMS. Les thématiques des deux autres, établis entre la France, l’Italie et Monaco intéressent également les services espagnols et des liens ont été instaurés, en particulier lors des exercices de lutte antipollution en grandeur nature, organisés dans le cadre du plan RAMOGEPol. Dans d’autres Conventions internationales, nous essayons d’harmoniser nos positions. La préoccupation commune pour une bonne gestion de l’environnement nous approche également de certains pays de la zone latino-américaine. Nous avons, par exemple, une coopération avec le Costa-Rica, l’Equateur, le Panama et la Colombie, relatif à la gestion de toute la zone qui couvre leur territoire Pacifique et qui englobe l’Ile de Coco, Malpelo et les Galápagos. Ces quatre pays ont décidé de coordonner leurs actions dans cette immense zone marine de 21.000.000 km². Monaco, sur la base d’un Accord signé au Costa Rica en 2004, appuie techniquement et financièrement le Secrétariat de cette initiative (actuellement basé à Bogota). L’Amérique latine regroupe d’immenses pays, mais également des  pays plus à l’échelle de la Principauté, qui présentent un dynamisme très important. Avec ces derniers nous pouvons établir des relations plus faciles à une échelle plus humaine. Certains de ces pays ont également des visions relatives à la gestion de l’environnement, toutes proportions gardées, assez semblables aux nôtres. J’ai, personnellement, une affinité pour le Costa Rica et la Colombie où nous avons des relations intéressantes. Ces sensibilités communes peuvent faciliter la mise en place de relations plus étendues. LCE : Quel serait pour vous le Monaco d’Amérique latine ? Un lieu qui regrouperait un peu tous les vecteurs monégasques : un fort dynamisme sur une surface limitée,  qui attire les capitaux étrangers, avec ce côté un peu glamour aussi ! Le Panama par exemple serait-il le Monaco d’Amérique latine ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Il est vrai que le Panama, surtout la ville de Panama, connaît un étonnant développement sur un territoire qui reste réduit mais qui conserve un important héritage historique. C’est aussi une zone de passage intense entre deux océans et entre deux continents, un peu comme Monaco entre mer et montagne, entre les deux côtés des Alpes. Le Costa Rica présente aussi des similitudes du fait de l’absence d’armée et de ses positions vis-à-vis des grands problèmes de notre époque. Je pense que plusieurs petits pays latino-américains démocratiques présentent des caractéristiques qui permettent des relations intéressantes avec Monaco. LCE : Pour finir sur une question plus personnelle, quel est votre restaurant préféré à Madrid ? S.E.M Patrick Van Klaveren : J’aime bien, sans faire de favoritisme francophile, « Lavinia ». Le cadre y est sympathique, la cuisine de haut niveau et la cave très intéressante. Je dois aussi avouer une faiblesse pour « la Dorada ». LCE : Et votre vin espagnol préféré ? S.E.M Patrick Van Klaveren : Ce qui est attirant dans les vins espagnols, c’est leur diversité, un peu comme les vins du Nord de l’Italie. Les différents cépages y gardent leur identité, le terroir y est très présent… pour ce qui me concerne j’ai une attirance particulière pour le Ribera del Duero mais, dans les vins particuliers, pour El Drago produit par un de nos Consuls dans les Canaries. S.E.M Patrick Van Klaveren et Philippe Chevassus – Photo Julia Robles

Newsletter

4 recommandation(s)
comments icon Commenté 0 fois
0 commentaires
bookmark icon

Écrire un commentaire...