L’Espagne et la survie de l’euro

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Depuis maintenant plus d’un an, on ne cesse de répéter que l’Espagne est le pays clé pour la survie de l’euro. Représentant près de 13% du PIB de la zone Euro, elle est en effet une menace bien plus importante que la Grèce (à peine 3% ). L’Espagne est le 4ème pays de la zone euro avec unPI B de 1 374 mds de dollars (2010), près de 4 fois celui de la Grèce. Pour les dirigeants européens, il n’est donc pas question que l’Espagne tombe, car comme le disent les experts, si « l’Espagne tombe, la France, l’Allemagne, et l’euro suivent». Le mal de l’Espagne est connu : ce n’est pas un problème de dette publique(65% du PI B), comme la Grèce ou l´Italie – l’Espagne est en cela un bon élève de l’Europe- mais de dette privée,qui regroupe la dette contractée par les ménages, les entreprises et les banques,qui représente 220%du PIB espagnol. La croissance anémique et le chômage de masse étouffent les perspectives de remboursement des entreprises et des ménages espagnols. C´est ce manque de visibilité qui inquiète les investisseurs et les agences de notations internationales, et c´est pourquoi chaque mouvement sur le rating de l´Espagne fait trembler la planète Euro. Les dernières semaines n´ont rien arrangé. L’aggravation de la crise grecque cet été a eu pour conséquence de mettre l’Espagne sous assistance respiratoire de la Banque Centrale Européenne(BCE) : début aout, la BCE s´est résolue à acheter sur le marché obligataire des titres du royaume d´Espagne et de l’Italie après que leurs taux à 10 ans ont atteint des niveaux insoutenables(6.28% pour l´Espagne, 6.20% pour l’Italie).Pour mémoire, le Portugal en avril dernier et l’Irlande en novembre 2010 avaient dû se résoudreà accepter un plan d’aide de l´Europe et du FMI lorsque leur taux avaient atteint les 7%. Avec l´Espagne et l´Italie touchées, la crise de l´euro a pris une tournure systémique, de l´aveu mêmedu président de la BCE Jean-Claude Trichet, et la contagion gagne désormais la France et la Belgique. La réponse de nos dirigeants ne peut donc être que globale et calibrée de façonà envoyer le signal que l´euroest un acquis de l´Europe. Puisviendra le moment de la déclinaison de ces décisions dans chaque pays. Pour l’Espagne, cela prendra le sens d´une redéfinition de son business model, à travers de nouvelles réformes structurelles permettant un retour rapide à la croissance :diversification du tissu industriel trop dépendant du tourisme et de la construction, poursuite de l´assainissement du système financier favorisant la reprise du crédit (le système bancaire restesous forte tension avec l’explosiondu système des caisses d’épargne et la formation de banques fantômes, minées parles créances douteuses et le manquede capital), amélioration dela productivité, de la formation des jeunes et deleur accès à l’emploi. Seulement alors le marché de l´immobilier espagnol pourra redécoller suivant la courbe vertueuse d´une amélioration des conditions de financement et de la capacité deremboursement des ménages et des entreprises. Tout l´inverse des ces trois dernières années. Hugues DE LAVARENE

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