Peut-on encore vraiment parler d’expatriation en Espagne ?

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Certains prennent très à coeur leur statut d’expatrié. Sur un plan académique, le mot expatrié vient du latin Ex (en dehors de) Patrie (de sa patrie, de son pays). Donc si on se réfère à sa définition, tous les français hors de France sont des expatriés. Pourtant, de la bouche des responsables d’entreprises interrogées, un expatrié est celui qui s’installe temporairement dans le pays d’accueil avec un contrat d’une entité française. C’est un statut, un poste, un grade même, qui n’a plus grand chose à voir avec la définition originale du mot. Pour 95% d’entre nous, un expatrié est un français envoyé par son entreprise s’installer dans un pays lointain culturellement ou géographiquement. Dans le temps, le mot expatrié était synonyme de statut social, de réussite personnelle comme professionnelle, d’ouverture d’esprit et d’opportunité. Dans les faits aujourd’hui, tout le monde se dit “expat’”, il existe même des médias pour «expat» tellement le mot s’est généralisé. Il y a des blogs, des newsletters, même des coachs pour expatriés comme si partir de Montpellier pour aller à Barcelone nécessitait l’intervention d’un psychologue. Car en Espagne, peut-on encore parler d’expatriation? Qui sont les Français ou Belges d’Espagne ? Les Français de Madrid ou Malaga sont-ils plus expatriés que les français de Barcelone ? Chacun a sa vision de la chose. On vous le faisait remarquer dans un numéro précédent. Nos réunions AfterWork nous ont permis de voir que depuis deux ou trois ans il y a une nouvelle communauté de Français à Madrid mais surtout à Barcelone. Des Français qui sans attaches particulières ni contrat local de sociétés françaises viennent se lancer sur la péninsule. Il s’agit de Français qui cherchent à se refaire une santé professionnelle ou changer radicalement de vie, professionnelle ou personnelle. Beaucoup d’entre eux perçoivent les indemnités de chômage en France. Etant donné qu’il est possible en Espagne d’entreprendre facilement sans faire de déclaration particulière au début, ils viennent monter une entreprise de communication online, un blog ou une « société » de coaching en s’appuyant sur leurs prestations sociales. Ils font des aller retour en low-cost en France et gèrent leurs actifs intangibles via iPhone. Ce sont les nouveaux français d’Espagne, mais peut-on parler d’expatriation ? Peut-on appeler “expatrié” un Français qui fait l’aller retour juste pour tester le marché espagnol sans s’inscrire au consulat ni avoir aucune attache familiale ou laborale locale ? Toujours si l’on se réfère à la définition de certains, si la femme travaille en contrat français et le mari est entrepreneur local, alors elle est “expat”et lui non ? Peut-t-on comparer un «expatrié» de Barcelone à seulement 30 minutes en AVE de la France à un expatrié de Kiev ou de Rio ? Est-t-on vraiment « hors de sa patrie » à Barcelone ? Côté espagnol, les médias locaux ne font guère la différence si vous êtes actifs ou non, sous contrat local, international ou nomade. Tout français bien portant est un « expatriado ». Finalement, la chose en commun que tous les Français vivant à l’étranger ont, le seul mot qui les relie tous quelque soit leur statut, leur attachement à leur patrie, leur contrat local ou non, c’est celui d’être résident étranger. PC

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