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“Dans le domaine numérique, cela pourrait être très intéressant d’avoir des personnes avec des formations binationales.”

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Avec six antennes en Espagne, l’Institut français a pour mission de promouvoir la langue et la culture françaises et organise une saison culturelle importante en partenariat notamment avec des entreprises. Rencontre avec Anne Louyot, Conseillère de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France, Directrice générale de l’Institut français d’Espagne.

Qu’est-ce que l’Institut français d’Espagne ?

L’Institut français d’Espagne est l’opérateur de la diplomatie culturelle de l’Ambassade de France. Auparavant, il y avait d’un côté le service culturel de l’Ambassade pour la coopération culturelle, éducative et universitaire, et de l’autre les Instituts français pour les cours de français et la programmation culturelle. Maintenant tout est regroupé dans le même cadre institutionnel, ce qui donne beaucoup de cohérence à notre action.

Il existe des Instituts dans six villes : Barcelone, Bilbao, Madrid, Valence, Saragosse et Séville. Cinq instituts dispensent des cours de français à environ 10.000 étudiants par an. Celui de Séville ne donne pas de cours et se concentre sur la coopération linguistique, culturelle, éducative et universitaire dans le sud de l’Espagne.

Nous travaillons également étroitement avec le réseau des 21 alliances françaises en Espagne, des associations de droit local, supervisées par la Fondation Alliance française à Paris, qui jouent un rôle très important en matière d’enseignement du français et de rayonnement de la culture française dans tout le pays.

Notre programmation culturelle est organisée à la fois dans nos instituts et chez nos partenaires : cinéma, invitations d’auteurs, conférences, théâtre, musique, divulgation scientifique, expositions, etc. L’appui à des événements chez nos partenaires (théâtres, musées, centres d’art, festivals, universités…) est essentiel car il nous permet d’atteindre un public plus large et varié. C’est important dans tous les domaines, et notamment pour le débat d’idées.

Pourquoi celui-ci en particulier ?

Nous estimons que c’est un domaine dans lequel nous avons une mission particulière. Nous devons susciter la réflexion autour des grands défis du monde contemporain et de la construction européenne. C’est ce que nous faisons cette année, dans le cadre de notre saison culturelle intitulée « Nosotros, Europa ».

Quels sont les autres domaines prioritaires de votre action ?

La coopération éducative est très active en Espagne. Nous soutenons notamment l’enseignement du français dans les écoles publiques espagnoles, en lien avec le Ministère espagnol de l’Éducation et de la Formation professionnelle et les communautés autonomes.

Nous cherchons aussi à dynamiser la coopération universitaire, même si elle est déjà très dense avec 5.000 accords Erasmus et plus de 200 doubles diplômes. Enfin, nous coordonnons également le réseau des 22 lycées français présents en Espagne.

Les industries culturelles et créatives –livre, édition, cinéma, création numérique– sont également prioritaires.

Combien d’événements organisez-vous dans le cadre de votre Saison culturelle ? 

Chaque année, nous organisons environ 600 événements en Espagne, dont 300 ont lieu à Madrid.

Quels sont les grands projets madrilènes de l’année 2019 ? 

Cette année, notre programmation était centrée sur l’Europe. Ce thème allait de soi: une année d’élections européennes, et compte tenu des menaces qui pèsent sur la construction européenne, avec la montée des populismes et le Brexit.

Nous avons notamment organisé un cycle de débats sur « L’Europe dans tous ses états », qui a commencé avec la Nuit des Idées en janvier, « L’Europe face au présent », et touche des thèmes aussi divers que les migrations, les droits des femmes, le rôle de la culture, le football, les séries; une exposition photo « European Puzzle » de Jean-Christophe Béchet ; un défilé de mode « Hecho en Eu-ropa », résultat d’un projet de création de cinq écoles de mode de cinq pays européens (France, Espagne, Portugal, Italie, Roumanie), un cycle autour de l’exil républicain espagnol avec des débats et une pièce de théâtre, etc.

 

“La France est toujours invitée dans les festivals espagnols.”

 

Qui décide du thème de la programmation culturelle ?

Tout dépend du contexte, de l’actualité, et des priorités de notre action dans les différents domaines. Je réunis mon équipe pour en discuter, puis je propose des thèmes à l’Ambassadeur, qui prend la décision finale. Cette programmation dure de janvier à décembre.

Quelle est l’image de la culture française en Espagne ? 

Nous jouissons d’une très bonne image. Les musées espagnols présentent souvent des expositions d’œuvres françaises, nos avant-premières de films français attirent un grand nombre de participants, et les grands festivals invitent toujours des artistes français.

Mais parfois, notre image est un peu datée et nous devons intensifier notre action dans des secteurs où la créativité française est encore trop peu connue en Espagne, comme la création numérique, la musique électronique ou encore la littérature jeunesse et la BD. Nous devons aussi travailler pour mieux faire connaître la pensée contemporaine française en Espagne : philosophie, sociologie, sciences politiques….

 

“Nous avons besoin de financements externes provenant du secteur privé.”

 

Pour financer tous vos projets, vous avez besoin de mécènes ?

Notre financement provient du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et de nos recettes propres, mais si nous voulons une programmation vraiment ambitieuse, nous avons besoin de financements externes provenant du secteur privé. C’est pour cette raison que nous travaillons en partenariat avec des entreprises. Pour la saison 2019, nous avons quatre mécènes : Orange, la Compagnie de Phalsbourg, Accor Hotels et Enagas.

Ces partenariats nous permettent de donner à notre programmation culturelle une dimension nationale, et de mieux connaître les activités et besoins des entreprises concernées, ce qui peut nous être très utile, s’agissant par exemple de la coopération en formation professionnelle, mais aussi de la réflexion sur le développement durable, les énergies renouvelables ou la révolution technologique.

Comment fonctionnent vos partenariats avec eux ? 

Nous essayons d’avoir une vraie relation partenariale, nourrie de dialogue et d’échanges. Cette année, nos quatre mécènes sont mobilisés autour de la nécessité de protéger, consolider et développer la construction européenne.

En contrepartie, nous proposons à nos mécènes de s’associer à notre programmation. Avec Orange, par exemple, nous partageons des préoccupations liées au défi numérique au sens large du terme. La compagnie de Phalsbourg partage sa réflexion sur l’architecture durable dans les villes du futur. Enagas est très intéressée par le thème des énergies renouvelables, et nous organisons un événement de mobilisation sur ce thème. C’est aussi le cas d’AccorHotels, mécène du projet Energy Observer, dont nous allons inviter l’équipage à présenter ce projet exceptionnel. Energy Observer est un bateau-laboratoire français qui fonctionne à l’hydrogène et fait un tour du monde pour alerter sur le changement climatique et la nécessité de modifier profondément notre modèle énergétique.

Il existe aussi les contreparties plus classiques : nos mécènes sont invités à toutes nos activités culturelles, et bénéficient de conditions favorables pour nos cours de français.

En-dehors de notre Saison culturelle, certaines entreprises nous aident en participant à des salons éducatifs et universitaires, pour témoigner de la qualité des formations françaises, ou expliquer l’importance de la maîtrise du français pour des entreprises qui travaillent entre la France et l’Espagne. Ces forums sur le « Français, langue de l’emploi » ne fonctionneraient pas sans la présence des entreprises.

Vous parliez de cours de français en entreprises. Beaucoup d’entreprises espagnoles bénéficient de ces cours ?

Dans chaque antenne de l’Institut français d’Espagne, une personne en charge des cours en entreprises est en contact avec des sociétés espagnoles mais aussi françaises qui souhaitent que leur personnel apprenne le français. À Madrid, nous travaillons avec 47 entreprises, dont la majorité sont espagnoles. Pour 17 d’entre elles, nos professeurs se déplacent dans les entreprises; pour les 30 autres, les employés viennent dans nos locaux.

 

“Cela ne sert à rien de parler de coopération en formation professionnelle si elle ne débouche pas sur des emplois.”

 

Existe-t-il un domaine où la coopération est manquante ? 

Celui de la formation professionnelle franco-espagnole, qui existe mais doit être développée. Il est très important pour nous que les entreprises nous indiquent les domaines où une formation franco-espagnole serait utile. C’est évidemment le cas pour le tourisme et la restauration, ou le commerce international. Nous constatons des besoins en formations binationales dans le domaine des technologies de pointe ou de l’aéronautique, par exemple. Pour affiner nos coopérations dans ce domaine, nous avons besoin de l’orientation des entreprises. Cela ne sert à rien de parler de coopération en formation professionnelle si elle ne débouche pas sur des emplois.

 

Camille Sánchez

 

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