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Rencontre avec Fernando Garea Baragaño, Président de l’agence de presse EFE

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L’agence EFE est l’organe de presse historique en Espagne avec plus de 500 collaborateurs à Madrid et l’équivalent en Amérique Latine. Les nouveaux enjeux du métier amènent l’agence à des accords internationaux. Rencontre avec son Président, Fernando Garea Baragaño.

Pourquoi n’y-a-t-il pas d’alliances entre les médias français et espagnols ?

Je n’en connais pas la raison. Il y a une certaine affinité avec les entreprises et médias italiens car les deux grandes chaînes de télévision espagnoles sont dirigées par des italiens, tout comme le groupe d’El Mundo.

En France, il y a eu des tentatives d’alliances entre plusieurs médias qui n’ont pas continué. C’était le cas avec Le Monde et El País ou encore El Mundo et Libération.

Y-a-t’il eu un rapprochement entre les agences de presse EFE et AFP ?

Nous travaillons actuellement sur des accords avec les agences de presse internationales. Je pense que dans ce monde où les médias n’ont pas encore dépassé la crise, il serait bon d’unir nos forces. Il y a des agences internationales avec lesquelles nous ne sommes pas en concurrence car nos publics et intérêts sont différents, et avec lesquelles nous avons des accords. C’est le cas avec l’agence LUSA au Portugal et l’ANSA en Italie.

Avec l’AFP nous n’avons jamais eu d’accords car nous sommes en concurrence. En particulier en Amérique Latine où l’AFP a un tissu entreprenarial très important. Mais nous essayons de faire une alliance commune.

La semaine dernière j’étais à Saint-Pétersbourg et nous avons négocié avec l’agence russe TAS et la chinoise Xinhua.

Que permettent ces accords ?

Ils nous permettent d’utiliser des dépêches, de lancer des projets technologiques communs. Avec EPA (European Pressphoto Agency), qui est un organisme regroupant plusieurs agences, nous mettons en commun nos contenus audiovisuels pour les distribuer à travers le monde entier, en particulier en Asie où une seule agence n’a pas la capacité de tout faire.

Mettre en place des accords avec d’autres agences permettrait de commercialiser tous ces contenus. À l’heure actuelle, le mieux est de créer une plateforme commune pour commercialiser les contenus et les distribuer à tous les médias et les clients.  

En parlant de clients, qui sont vos principaux clients ?

Nous avons les médias et ensuite les entreprises et les institutions publiques.

Quel pourcentage représentent ces entreprises ?

De l’ensemble de notre budget, la moitié provient de prestations de l’état et l’autre moitié des clients. De cette autre moitié, qui représente environ 50 millions d’euros, 60% proviennent de médias internationaux. Nos principaux clients viennent bien sûr d’Amérique Latine, où environ 900 médias reçoivent tous les jours nos informations. Les 40% restants sont répartis entre les entreprises et les institutions.

Avez-vous des clients français ?

Très peu. Nous avons un projet qui est de proposer des services en français dans des pays francophones d’Afrique. Nos services sont aujourd’hui disponibles en anglais, en portugais, en arabe, donc nous espérons bien pouvoir entrer sur le marché français un jour. Il s’agirait vraiment de s’implanter dans des marchés où l’agence EFE n’est pas présente comme entreprise, car bien sûr il y a des délégations partout dans le monde.

Comment voyez-vous le futur des moyens de communication ?

Difficile. Je pense que pour comprendre la situation actuelle des médias, il faut comprendre l’empilement de trois crises à la fois: une crise économique à cause de laquelle nous avons moins de revenus et moins de publicités. Une crise technologique car aujourd’hui plus personne ne va acheter le journal dans un kiosque, tout le monde s’informe à travers son portable. Et ce changement, les médias ne l’ont pas encore fait dans leur intégralité. Et comme conséquence des deux crises précédentes, une crise professionnelle.

Les médias ayant moins d’argent, ils doivent réduire leurs rédactions, réduire ou supprimer les formations de leurs rédacteurs, etc. Avant, un grand journal pouvait se permettre d’avoir beaucoup de spécialistes, qui publiaient un long papier une fois tous les deux mois. Aujourd’hui il faut publier tous les jours sur tous les thèmes.

Ces crises permettent-elles de mettre en place de nouvelles choses ?

Nous sommes dans une phase où nous ne savons pas ce qui nous attend. Une nouvelle façon de faire du journalisme se crée. Ces dernières années, on voit de plus en plus de data-journalistes, de fact checking pour lutter contre les fake news, de contenus multimédias avec des photos, des vidéos et des graphiques. Il est possible que le monde qui arrive soit meilleur que celui-ci.

Il faut que nous apprenions à vivre avec deux choses. La première, c’est la gratuité d’Internet qui ne rend pas les choses faciles car les gens sont habitués à ce que tout soit gratuit. Il faut leur expliquer que, comme eux, les journalistes doivent aussi manger, et payer les factures, et leur faire comprendre qu’au même titre qu’un abonnement Netflix ou HBO, ils doivent payer pour avoir accès à l’information, qui pourra être de plus grande qualité. Ensuite, nous devons nous habituer à ce que tout ce qui se trouve sur les réseaux sociaux n’est pas du journalisme car cela requiert une vérification, une formation spécifique et la pluralité des sources.

Pour éviter les fake news par exemple ?

Effectivement. Ces dernières années nous avons pu constater que lors des élections, des forces occultes diffusaient de fausses informations, des spéculations, etc. Pour discerner le vrai du faux, on a besoin de journalistes.

Il y a donc une nouvelle forme de traiter l’information ?

Ça n’a plus de sens de traiter l’information comme on le faisait il y a 20 ou 50 ans. Il faut que les journalistes s’interrogent sur les besoins de leurs clients et de leurs lecteurs. Les gens lisent moins et consomment plus de contenu multimédia, en particulier les vidéos avec sous-titres.

Les plus jeunes journalistes ont cette facilité avec les nouvelles technologies que n’ont pas les plus âgés. Une rédaction doit être le mélange entre les journalistes expérimentés, qui restent les référents, et ces jeunes.

Aujourd’hui on entre sur le site d’un média à travers les réseaux sociaux ou à travers un lien envoyé par un proche et non pas par la page d’accueil. Les journalistes ont donc perdu le pouvoir mais en même temps deviennent leur propre marque. Les lecteurs suivent plus un journaliste spécifique qu’un nom de média qui avant était la marque. Aujourd’hui elle l’est toujours mais n’a plus la même importance.

Quels sont les projets de EFE ?

Un des projets dont je suis le plus fier, même s’il a été lancé par un de mes prédécesseurs, est FUNDÉU, la Fondation de l’Espagnol urgent. Son objectif est de favoriser et de maintenir l’usage de l’espagnol dans différents pays. Il a été lancé sur le continent américain et permet à n’importe quel citoyen de demander des recommandations sur un mot ou une expression.

 

Camille Sánchez et Philippe Chevassus

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