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“Zidane est comme moi, comme nous, un Français de Madrid.”

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C’est sans doute l’événement littéraire de cette fin d’année. Le journaliste Frédéric Hermel publie son tout premier livre sur la légende du football français qui parle à toutes les générations: ZIDANE*. Installé à Madrid depuis plus de 20 ans, le correspondant français de RMC et L’Équipe se dévoile à travers cet ouvrage, et laisse parler ses propres émotions. C’est chez lui à Madrid, qu’il nous reçoit. Rencontre.

Comment es-tu arrivé à Madrid ?

Cela fait maintenant 26 ans que je vis en Espagne. Je suis arrivé en 1992 car je faisais un DEA de communication politique sur la vision de la France dans la presse espagnole. C’est l’amour de l’espagnol qui m’a emmené ici. J’avais envie de bien parler cette langue. Je rêvais beaucoup d’Argentine à cause du tango, et Madrid devait être une première étape. Finalement c’est la destination finale. Je me sens très franco-madrilène: Français de culture et dans ma façon de penser, mais Madrilène dans ma vie quotidienne. Ma ville c’est Madrid, mais mon pays c’est la France.

Avant de parler de Zidane, peux-tu nous parler de ton histoire et de tes racines ? 

L’histoire de ma famille c’est l’histoire de la France au XXème siècle: mes grands-parents étaient des petits paysans qui ont connu les guerres, mes parents des petits employés et ma soeur et moi des universitaires avec de très bons boulots. Je suis un peu comme Zidane.

Dans son enfance, il ne roulait pas sur l’or. On parle d’une famille de 5 enfants et 2 adultes qui vivait avec un SMIC à Marseille, dans le quartier de la Castellane. Il s’est battu et a énormément travaillé pour en arriver là où il en est aujourd’hui. Moi, je dois tout à l’école, aux bourses, aux résidences universitaires, aux professeurs qui m’ont aidé de la maternelle à la fac. On me dit souvent que j’ai de la chance d’être correspondant à Madrid. C’est vrai, mais il a fallu travailler dur. Nos vies sont belles mais ont demandé beaucoup de travail et de sacrifice. 

Qu’est-ce que l’Espagne et les Espagnols t’ont apporté ?

La résilience. C’est un peuple qui renaît de ses cendres, qui sait prendre sur lui avec le sourire. Il a cette capacité à se serrer les coudes, cette solidarité qui fait qu’en tant que Français je suis admiratif. Et je pense que j’ai quelque chose de ça car lorsqu’on habite ici, on l’acquiert. L’Espagne est un grand peuple qui ne devrait pas avoir autant de complexes car il n’a pas de raison d’en avoir.

J’aime beaucoup ce pays et je suis un de ses grands défenseurs. Et pour Zidane qui vit ici depuis 18 ans, c’est pareil. Il est comme moi, comme nous, un Français de Madrid. Pour les Français de Madrid et les Français d’Espagne, c’est l’un des nôtres. Il a été attrapé par le magnifique piège qu’est Madrid: on y vient un week-end et on y reste toute la vie. Dans son retour au Real Madrid, il y a aussi la volonté de vouloir continuer de vivre dans cette ville. C’est quelque chose qui compte pour lui. 

La question que l’on se pose tous. Pourquoi ce livre ?

Ce livre est né du départ de Zidane lorsqu’il quitte le Real Madrid le 31 mai 2018. À partir de ce moment-là, je suis persuadé que c’est fini, qu’il ne reviendra pas avant très longtemps. J’ai eu une première carrière qui était celle de suivre Zidane comme joueur, puis comme entraîneur; et là je pensais qu’il partait ailleurs pour revenir un jour au Real, mais dans très longtemps. Donc c’était peut-être le moment de faire le bilan, de fermer un chapitre de ma vie. Une carrière et une vie qui ont été tellement influencées par la présence de Zidane à Madrid. 

On m’a souvent proposé de faire des livres ou des documentaires sur lui. J’ai toujours refusé. J’ai alors pensé qu’il était temps de faire mon livre. Je lui en ai donc parlé en novembre dernier et il m’a immédiatement donné son consentement. 

Je ne voulais pas faire sa biographie officielle car ce n’est pas le livre de Zidane. C’est la grande histoire de Zidane à travers notre propre histoire à tous les deux. 

En quoi te reconnais-tu dans Zidane ?

Il y a différents points comme la réussite. Pour lui, elle a été de manière extraordinaire, et pour moi aussi par rapport à mon milieu social. C’est un Français qui vit depuis plus de la moitié de sa vie hors de l’Hexagone. Et je me reconnais aussi dans sa force de travail et ses valeurs. 

Ce qui me fascine chez lui c’est son destin. Il serait chanteur ou poète, ce serait quasiment la même chose. J’aime beaucoup la personne, mais je suis surtout fasciné par le destin.

Quelle est sa qualité qui t’a le plus interpellé ?

Son charisme. Quand il rentre dans une pièce, il remplit tout sans rien dire. Mais ça ne s’apprend pas car c’est quelque chose que l’on a ou non. Il a un charisme naturel qui impressionne beaucoup. Je le connais depuis longtemps donc pour moi c’est différent aujourd’hui. Mais je vois la réaction des autres.

Et son défaut ?

En tant que joueur, il a été très colérique. Il a pris 12 cartons rouges en club et 2 en sélection, ce qui est énorme pour un joueur de son niveau. C’est quelqu’un qui est mû par un tel degré de la justice, que face à l’injustice il est capable de réagir violemment. Les témoins proches que j’ai eus dans ce livre m’ont raconté que depuis tout petit déjà, il pouvait réagir violemment si on insultait un de ses proches ou si on touchait quelqu’un de sa famille. C’est quelqu’un d’assez sanguin.

Est-ce que ta rencontre avec lui a changé ou a fait évoluer ta manière de faire du journalisme ?

J’ai évolué car lorsque je l’ai rencontré j’étais un jeune journaliste, et quasiment deux décennies après je suis un journaliste confirmé. J’ai évolué en même temps que lui en fait.

Là où la relation avec lui est très intéressante d’un point de vue journalistique, c’est de savoir comment gérer et trouver la bonne distance pour raconter au quotidien le destin d’un type aussi exceptionnel, tout en le connaissant; car nous avons quand même une relation tendre. Nous ne sommes pas amis mais il compte dans ma vie et inversement. Comment garder cette distance dans laquelle on se sent bien tous les deux ? Nous avons su la créer justement. Par exemple, je suis déjà allé dans son jardin et son bureau d’entraîneur mais je ne suis jamais rentré dans sa maison. 

C’est une distance qui nous convient à tous les deux. Je peux faire mon travail de journaliste: le critiquer, reconnaître ses erreurs en tant que tacticien, etc. Après quand on est très ami avec quelqu’un c’est plus compliqué. J’ai suffisamment de proximité pour pouvoir raconter le vrai Zidane, mais suffisamment de distance pour pouvoir le mettre en perspective.

Es-tu capable de projeter les décisions qu’il va prendre ?

Oui. Je ne savais pas qu’il allait revenir au Real car lui même ne l’imaginait pas. Mais je comprends son mode de pensée et sa méthode d’entraîneur. Après la défaite à Paris en Ligue des Champions le 18 septembre dernier, j’étais persuadé qu’il allait remettre quasiment les mêmes joueurs sur le terrain. Plutôt que de les punir, il préfère leur redonner une chance. C’est très révélateur de ce qu’il est.

© Flammarion

Pour écrire ce livre, as-tu rencontré beaucoup de personnes ?

Oui, mais je n’ai échangé avec aucun inconnu. Mes témoins sont des proches de Zidane, qui sont plus que légitimes et avec qui j’ai une certaine proximité. Par exemple, j’ai parlé avec Christophe Dugarry qui est son ami, et on pourrait même dire son demi-frère dans sa carrière et dans sa vie. Ils se connaissent depuis qu’ils ont 15 ans. Christophe n’évoque pas normalement le Zidane intime. On se connaît, on s’entend bien, et on travaille ensemble; donc il a confiance en moi. 

Dans ce livre, je parle aussi de mes rencontres avec son père, sa femme et ses fils. Je ne lis pas les bouquins des autres pour raconter Zidane. Il s’agit de rencontres directes. 

Lors de l’écriture, quel est le chapitre qui t’a le plus ému ?

Il y en a plusieurs. J’ai pris du temps sur chaque chapitre car c’est un travail énorme. Mais je pense que celui qui m’a le plus ému c’est celui sur “Zidane, l’homme profond presque mystique”, car ce sont des moments où on s’est retrouvé tous les deux. 

J’étais en larmes en écrivant le deuxième chapitre, quand je raconte le moment où Zidane entraîneur fait débuter son grand fils, Enzo. Ça me renvoie à mon histoire personnelle. J’ai perdu mon père quand j’avais 13 ans et je n’ai pas eu le passage de témoin. Et là je l’ai vu de mes propres yeux et ça m’a ému. C’était tellement beau de voir Enzo et Zizou. D’ailleurs je le dis dans le livre: “C’était donc ça la version terrestre de la phrase “Tu seras un homme mon fils””.

On peut donc parler d’un livre d’histoires croisées plutôt que d’un livre biographique ?

C’est un peu ça oui. Ce n’est pas une biographie habituelle. Chez Flammarion, mon éditeur, nous employons beaucoup le terme de biographie impressionniste. Ce sont des petites touches qui à la fin font un portrait. C’est une biographie impressionniste où le “il” est visité par le “je”.

Avec Zidane on est dans l’excellence et je ne pouvais pas ne pas travailler dans l’excellence. Je me suis permis ça avec un grand éditeur et pour moi c’est une chance folle d’être accueilli par Flammarion qui m’a offert la possibilité de faire un beau truc.

Si une personne relit ton livre plusieurs fois, elle est capable de refaire une partie de ta biographie quelque part ?

Je me révèle puisque je raconte des moments de partage avec lui. Je me serais senti un voleur d’intimité si je n’avais mis que ses choses à lui. Quelque part, je me mets moi aussi à nu dans certains passages. C’est moi, mais je suis aussi les autres qui veulent connaître Zidane. Il en met sur la table, donc j’en mets sur la table moi aussi. 

Et pour ce qui est du choix de la photo ?

C’est intéressant car la photo, est la première que nous avons sélectionnée. Les équipes de Flammarion ont travaillé dessus dès le lendemain d’un déjeuner important que j’ai eu avec leurs responsables. Ils me l’ont proposée et j’étais convaincu que c’était la bonne. 

J’aime cette couverture car on voit Zidane sourire et avec des rides. C’est quelqu’un qui a de quoi sourire à la vie. Ses rides racontent le temps qui a passé et tout ce qu’il a fait. Il a aujourd’hui 47 ans et je raconte l’histoire d’un homme qui a vécu.  

Les lecteurs vont-ils découvrir la personne derrière le footballeur ?

Zidane mérite un beau livre. Je le pense profondément. Je n’aurais pas sacrifié ces cinq mois de ma vie si le mec n’en valait pas la peine.

C’est le Français le plus célèbre au monde, mais il est peu connu. Donc j’espère que grâce à mon livre, les lecteurs vont comprendre qui est Zidane. Je terminerais par une phrase que m’a dite une personne de Flammarion: “Après avoir lu ton livre, on comprend mieux qui il est, et on a envie de l’aimer.”

 

par P.C.

retranscrit par C.S.

 

* ZIDANE, sortie chez Flammarion le 6 novembre, mais d’ores et déjà disponible en précommande sur les boutiques en ligne (Amazon, Fnac, …)

 

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