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“Je pense que si Valence continue comme cela, elle peut devenir à nouveau une métropole européenne de premier ordre”

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Consul honoraire de France pour Valence et Castellon depuis le 24 août 2017, Alejandro Noguera a étudié au Lycée français de Valence avant de poursuivre ses études à la Sorbonne, l’EPHE et le Collège de France où il a étudié l’histoire, l’archéologie et la linguistique. De mère française et de père Valencien, il dirige le musée de L’Iber, le plus grand musée de soldats de plomb du monde situé en plein Carmen à Valence.

 

 

Laurence Lemoine :Vous avez été nommé en septembre 2016, qu’avez- vous fait pendant ces quelques mois ?

 

Alejandro Noguera: Depuis ma nomination, j’ai pris contact avec les différents agents et institutions françaises à Valence comme l’Institut Français ou la Chambre de Commerce avec laquelle j’ai aussi une relation privilégiée car je veux travailler avec les sociétés et les professionnels français à Valence, voire quels sont leurs besoins, leurs intérêts, les secteurs dans lesquels ils évoluent et cherchent à s’implanter. C’est la ligne que je voudrais marquer en tant que consul.

Je remarque qu’il y a en ce moment beaucoup d’investisseurs Français qui cherchent à profiter de la situation de Valence, puisque la ville a de belles perspectives d’avenir. Il y a aussi beaucoup de professionnels et familles françaises qui s’installent…

 

Laurence Lemoine : On a l’impression que Valence c’est un peu La Belle Au Bois Dormant qui se réveille…

 

Alejandro Noguera: Elle se réveille tard car elle partait d’une situation spéciale, avec des handicaps comme surtout sa très mauvaise image due aux gros problèmes de corruption que nous avons connus… C’est vrai que cela donnait une image très négative de la ville et poussait les investisseurs à fuir… et puis il y avait Madrid, la capitale et l’attrait de Barcelone, ville sérieuse et puissante économiquement…donc nous étions la troisième ville qui passait un peu inaperçue… Pourtant Valence a toujours été une ville très créative mais les grandes capacités des Valenciens s’exportaient souvent c’est à dire que les personnes ayant des aptitudes partaient généralement à Barcelone, à Madrid ou à l’étranger…mais en fait, nous les valenciens nous préfèrons rester ! Moi- même j’ai étudié en France mais j’avais envie de revenir…la Dolce Vita à la Valencienne est plaisante ! Cet équilibre entre travail et qualité de vie attire maintenant de plus en plus d’investisseurs. Et sur le plan culturel Valence devient vraiment une ville intéressante : en plus de tous les musées et structures anciennes ou nouvelles (Bomba Gens, l’Opera, le Musée de la Soie) la ville crée et restaure beaucoup. La richesse de son patrimoine est incroyable et le mécénat privé, les grandes et les petites initiatives permettent à la ville de s’enrichir sur le plan culturel.

 

Laurence Lemoine : Et quelle est l’image de la France à Valencia ?

Alejandro Noguera: L’image de la France a été faussée pendant longtemps…Valence est depuis longtemps une région exportatrice de fruits et légumes et nous avions cette image de nos camions trop souvent renversés à la frontière et donc cela est resté pendant longtemps dans l’imaginaire collectif Valencien… Maintenant je pense que ceci est loin et que laFrance a plutôt une image de pays qui investit, de démocratie forte, de locomotive européenne et de partenaire dans cette aventure européenne. D’ailleurs je pense que le Programme Erasmus a fait beaucoup car les Valenciens au lieu de voyager seulement quelques jours à l’étranger ont pu s’y installer ; c’est un outil qui existe depuis 30 ans et qui crée une grande ouverture d’esprit ainsi qu’une culture du respect et d’intégration. J’ai toujours été un fervent avocat d’Erasmus même si certains pensent que les étudiants ne viennent que pour s’amuser !

Laurence Lemoine : Valencia bat des records en fréquentation touristique et en ventes de biens immobiliers…vous craignez une nouvelle bulle immobilière ?

Alejandro Noguera: Je crois que la croissance va un peu vite dans ce secteur et ce qui me fait peur c’est que les banques sont en train de financer des hypothèques à 100%…on dirait que l’on n’a rien appris ! Il est vrai que ceux qui sont aux commandes dans les banques n’étaient pas forcément là il y a 8 ans au moment de la crise…donc ils n’ont pas l’expérience du passé et j’ai peur que d’ici 2 ou 3 ans nous ayons des hypothèques financées à 120 ou 150%… Là il y aurait une bulle et si les prix continuent d’augmenter il y pourrait y avoir un problème. Après la chute de Lehman Brothers nous devions nous atteler à une nouvelle réglementation et surveiller les marchés pour les réguler … Je ne suis pas keynésien, je suis historien mais les cycles existent et l’histoire tend à se répéter donc il faudrait faire attention.

Laurence Lemoine : Concernant l’évolution de la pratique du Valenciano, surtout dans les organismes publics (écoles, mairies etc.)  que dites- vous de cette espèce d’imposition que l’on est en train de subir ? c’est positif ce “retour en force” du Valenciano ?

Alejandro Noguera: Le Valencien et le Castillan sont dans le Statut d’Autonomie de la Région, les deux langues officielles. Le Valencien est très parlé à l’extérieur de la ville de Valence …donc dans ces zones là on ne peut pas parler d’imposition. Mais dans d’autres endroits comme à Valence ville ou au sud et l’ouest de la Communauté, en effet il y a des citoyens qui peuvent le ressentir comme une imposition. Je pense qu’il n’est pas mauvais qu’il y ait un apprentissage de cette langue là tant que cela n’est pas ressenti comme une imposition y tant que le Castillan est enseigné au même niveau.

Laurence Lemoine : Mais ce n’est pas le cas…

Alejandro Noguera: Il paraît qu’effectivement ce n’est toujours le cas. Dans le gouvernement antérieur, on a essayé d’enseigner le trilinguisme (anglais, espagnol, valencien) et on a eu des problèmes pour recruter des professeurs capables de parler aussi anglais … Maintenant on se cantonne à l’espagnol et au Valencien mais pour moi, le plus grand problème c’est surtout que le français est en train de disparaître du système éducatif et nous sommes en train de travailler avec la Generalitat pour essayer de le maintenir mais cela est difficile, il faut une vraie volonté politique suivie d’actes.

Laurence Lemoine : Comment voyez- vous le futur de la ville…Valence dans 20 ans sera très différente ?

Alejandro Noguera: Je pense que si Valence continue comme cela, elle peut devenir à nouveau une métropole européenne de premier ordre, elle est de plus en plus cosmopolite et comme vous savez au 15e siècle elle était la principale ville (je ne pense pas qu’elle le redevienne) mais économiquement et technologiquement elle peut être un pôle d’attraction encore plus important.

Mais il faut pour cela une plus grande volonté de la part de Madrid et de l’Union Européenne. Il faut un appui pour l’axe Méditerranéen avec le TGV qui nous aiderait aussi bien sur le plan touristique que pour le transport des marchandises. Au lieu de financer d’autres infrastructures qui sont peut-être moins nécessaires.

 

Laurence Lemoine : Justement, vous qui connaissez bien la France et son administration très centralisée, en comparaison avec le modèle espagnol où les régions ont beaucoup de pouvoir, est ce que vous pensez qu’entre les deux systèmes il en a un meilleur que l’autre ?

Alejandro Noguera: La France décentralise de plus en plus et l’Espagne l’a fait avec la constitution de 1975 il y a longtemps ; mais dans certains domaines comme l’éducation cela a peut-être été excessif et je pense qu’il faudrait un peu plus de programmes communs : il faudrait des accords entre les communautés pour qu’il y ait des lignes d’action en commun…ce n’est pas redonner du pouvoir à Madrid mais harmoniser certaines questions pour qu’il y ait “un minimum de dénominateurs communs” entre les régions simplement. Mais je pense que chaque pays a le système qui lui convient le mieux et qui est le résultat de son devenir historique.

 

Propos recueillis par Laurence Lemoine

www.valencia-expat-services.com

 

 

 

 

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