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Jérôme Bonnafont : “Nous avons avec l’Espagne une convergence forte” / “Tenemos una fuerte convergencia con España”

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Après quatre ans en Inde, Jérôme Bonnafont est arrivé à Madrid en novembre 2012, où il a succédé à Bruno Delaye. Ancien porte-parole de l’Elysée, ex-directeur de cabinet d’Alain Juppé au Quai d’Orsay, le nouvel ambassadeur de France en Espagne, âgé de 52 ans, a derrière lui un long parcours politique et diplomatique. Il évoque pour Le Courrier d’Espagne les dossiers prioritaires de l’ambassade, notamment dans le secteur économique. 

Le Courrier d’Espagne : Lors de la dernière Conférence des ambassadeurs, il a beaucoup été question de “diplomatie économique”. C’est l’une des priorités du Quai d’Orsay. Dans un pays en crise, comment appliquer cette stratégie ? Jérôme Bonnafont : Le ministre des Affaires étrangères a donné aux ambassadeurs une feuille de route très claire : priorité à l’économie. Déjà en Inde, je m’y consacrais, mais le contexte et les stratégies étaient différents, avec un grand pays émergent au taux de croissance élevée. Ici, en Espagne, qui est l’un de nos premiers partenaires commerciaux, nous devons défendre des positions établies. La première chose à faire pour une diplomatie économique efficace, c’est de comprendre la nature du terrain et des opportunités. Sera-t-on offensifs ou défensifs? Complémentaires ou en compétition ? Sur quel secteur se concentrer ? Dans les prochaines semaines, je présenterai à Paris un projet de plan d’action de l’ambassade. Celui-ci sera discuté au niveau interministériel et nous recevrons alors une feuille de route, qui fixera les grandes orientations pour l’Espagne.

LCE : Quels seront vos principaux champs d’action?  JB :  D’abord, éclairer le gouvernement français et les acteurs économiques sur la situation en Espagne, et sur sa stratégie de sortie de crise. Il faut pouvoir porter un jugement lucide pour savoir si le pays va sortir de la récession en 2014, comme le souhaite et y travaille son gouvernement, et quels sont les secteurs sur lesquels la reprise va se produire. On dispose de nombreuses analyses, mais il faut plus. Il faut parler avec les ministres chargés des secteurs économiques, les hauts fonctionnaires, le gouverneur de la Banque d’Espagne, les chefs d’entreprise, les banquiers, les syndicats, etc. Il est important de confronter les rapports avec des contacts approfondis avec les gens qui, sur le terrain, construisent la réalité économique du pays, que ce soit à Madrid, en Catalogne, au Pays basque, où je viens de passer deux jours, ou à Séville où j’irai bientôt. Il est également important d’informer Paris pour savoir comment l’Espagne se prépare aux négociations européennes ou au projet d’accord de libre échange entre les Etats-Unis et l’Europe.

L’autre chapitre, c’est l’appui à nos entreprises. Sur le plan commercial, notre position, qui était de premier plan, s’est sérieusement dégradée ces dernières années. Mais au niveau des investissements, elle est bonne. L’Espagne est encore en récession, et nos sociétés en souffrent. Parmi elles, certaines vont bien et ont su profiter de la crise pour trouver de nouvelles voies. Mais d’autres, notamment dans les secteurs les plus touchés, passent par des moments compliqués. Nous avons aussi à accompagner les chefs d’entreprise qui le souhaitent dans leur première approche du marché espagnol, soit sur le plan commercial, c’est le rôle d’Ubifrance, soit en tant qu’investisseurs. Et puis, dans le cas où ils ont des difficultés, ce qui peut arriver, nous devons les aider à trouver les bons interlocuteurs et les aider à régler tel problème de non-paiement ou d’ordre réglementaire, etc.

LCE: Quels sont les outils dont vous disposez ?  JB : A l’ambassade, nous avons un service économique fort, que dirige Philippe O’Quin, un haut fonctionnaire chevronné, qui a été conseiller commercial et qui connait bien ces dossiers. Il y a aussi les gros bureaux d’Ubifrance à Barcelone et Madrid, qui organisent l’action commerciale au profit des PME, ou les chambres de commerce, notamment à Madrid et Barcelone. Je consulte aussi les conseillers du commerce extérieur, qui vont bientôt se réunir au Pays basque. Par ailleurs, à la demande du ministre des Affaires étrangères, nous avons créé un conseil économique, qui s’est récemment réuni pour la première fois. Le but de ce conseil est de rassembler les responsables de l’ambassade avec des personnalités du monde économique français en Espagne. L’objectif, c’est que notre action économique soit confrontée aux besoins des acteurs de terrain. Je me suis également appuyé sur le travail de mon prédécesseur, qui était très proche des milieux économiques français et espagnols.

LCE : Après six mois à Madrid, quel est votre premier diagnostic? Avez-vous l’impression que l’Espagne est un pays qui a grandi trop vite?  JB : Benoît Pellistrandi, un historien français de l’Espagne, a écrit un article intéressant sur le sujet où il dit, au fond, que le chemin que nous avons fait lors des Trente glorieuses, l’Espagne, elle, l’a fait entre 1975 et le début de la crise. Si c’est si difficile pour elle aujourd’hui, c’est que la crise intervient au moment même où elle arrive à maturité. Au-delà de cette interprétation d’historien, ce qui m’intéresse, c’est de mesurer la vitalité économique du pays.

D’abord, le système politique espagnol est solide. Il a ses difficultés. Mais quel système politique n’en a pas?

Le pays possède aussi des infrastructures extraordinaires, que ce soit au niveau des ports, des chemins de fer, des autoroutes ou des aéroports. On dit qu’il y en a trop, mais il vaut mieux en avoir trop que pas assez ! Il y a aussi un système de santé qui est reconnu. Le pays a une bonne base. Quand vous demandez aux investisseurs pourquoi ils viennent en Espagne, ils vous répondent qu’ils pourraient très bien aller dans un pays où les salaires sont plus bas. Mais ils ont ici les infrastructures et la stabilité politique, qui compensent le différentiel de salaire.

L’Espagne a de grands atouts, comme le tourisme. La demande touristique continue d’augmenter, avec l’arrivée des pays émergents sur ce marché. Pour nous, Français, qui avons un secteur touristique fort, il est important d’observer ce qui se passe en Espagne. Il y a des opportunités d’affaires, puisque nous avons un savoir-faire dans ce domaine.

L’Espagne est également forte à l’export. Grâce aux réformes réalisées les exportations ont bondi. Avec la flexibilité et la baisse du coût du travail, les produits espagnols coûtent moins cher. Par ailleurs, la contraction de la demande intérieure a conduit les entreprises ibériques à adopter une attitude plus offensive à l’étranger. Comme ils ont perdu des marchés domestiques qu’ils croyaient acquis pour longtemps, les Espagnols se sont mis à chercher de façon systématique des marchés extérieurs. C’est une nouvelle attitude : l’Espagne avait l’habitude d’avoir des grands groupes qui se sont internationalisés ces vingt ou trente dernières années. Mais elle n’avait pas un tissu de PME pour qui l’export était un débouché naturel. Aujourd’hui, c’est en train de changer : l’Espagne a l’intention de tirer sa croissance par l’export.

Mais la réussite de cette stratégie suppose le retour de la croissance en Europe. L’intérêt de Madrid, comme le nôtre, est donc de faire aboutir nos idées sur une politique de croissance pour l’Europe.

LCE : Avez-vous l’impression que l’Espagne arrive à bien “vendre” la tête de pont qu’elle représente par rapport au continent sud-americain. C’est un levier de croissance car 30% des bénéfices de l’IBEX proviennent de ce continent. Par rapport à ses alliés europeens, le discours espagnol sur l’Amérique du sud est-il lisible ? JB : Le dernier sommet ibéroaméricain, qui s’est déroulé à Cadix, a bien montré que l’Espagne veut utiliser la solidarité iberoaméricaine pour construire son retour vers la croissance. La question que l’on peut se poser, c’est : est-ce que les bonnes relations de l’Espagne avec l’Amérique Latine peuvent être sources d’opportunités d’affaires pour nos entreprises, par des partenariats notamment ? La réponse est oui. Nous sommes nous-mêmes très bien implantés historiquement en Amérique Latine où, de longue date, la culture française est très populaire. Il appartient  à nos entreprises de savoir développer les politiques commerciales qui leur permettront d’être présentes sur ce marché. Mais n’attendons pas de l’Espagne qu’elle fasse notre travail. En revanche, il faut profiter du fait que l’Amérique Latine reste très orientée vers l’Europe, par ses liens vers l’Espagne ou la France, mais aussi avec l’Angleterre ou l’Allemagne, pour profiter de la croissance de ce continent émergent.

LCE : Alors que le moteur franco-allemand ralentit, Paris n’est-il pas tenté de chercher de nouveaux alliés, dont l’Espagne, pour faire contrepoids à Berlin ? On a senti une volonté de rapprochement, lors du dernier sommet franco-espagnol, en octobre 2012. JB : Le Président de la République s’exprime de manière très claire à chaque conseil sur la nature du couple franco-allemand, auquel il est très attaché. Il dit aussi que cette relation n’est pas exclusive. Ce qui est sûr, c’est que nous avons avec l’Espagne une convergence forte, avec cette volonté de trouver un équilibre entre les politiques d’ajustement et de recherche de croissance. Il ne faut pas que l’ajustement tue la croissance, mais que la croissance accompagne l’ajustement. La difficulté actuellement, c’est de mettre en place une politique européenne de croissance. Des décisions importantes ont été prises : la plus emblématique est la mobilisation l’an dernier de 120 milliards d’euros, via la Banque européenne d’investissement (BEI) et les fonds communautaires. Mais l’urgence du moment, c’est la mise en place de l’union bancaire, pour rassurer les marchés sur la solidité de notre système. L’autre priorité concerne les traités sur la gouvernance de la zone euro. Là encore, il s’agit de convaincre les marchés de cette évidence : l’euro est un choix définitif.

LCE : Le dernier sommet franco-espagnol a montré des points d’accord sur la Politique agricole commune (PAC). Où en sont les relations sur ce sujet ? JB : Stéphane Le Foll, notre ministre de l’Agriculture, était venu à Madrid la veille de la réunion qui a conclu la nouvelle réforme de la PAC. Car l’Espagne fait partie des pays qui pensent, comme nous, que la PAC doit être maintenue. Le secteur agricole, même s’il a reculé ces dernières décennies, reste un gros pourvoyeur d’emplois, d’activité économique et d’exportations. Nous pensons qu’il est légitime de continuer cette PAC. Les autres grandes agricultures du monde sont très aidées, que ce soit aux Etats-Unis, au Japon ou dans les pays émergents. Il n’y a aucune raison pour que l’agriculture européenne renonce à être aidée. Par ailleurs, au niveau mondial, nous sommes dans une période de sous-production agricole et un milliard de personnes sur cette planète sont en sous-alimentation chronique. Il va y avoir deux milliards de personnes de plus à nourrir lors des vingt à trente prochaines années avec des terres arables dont les dimensions, elles, n’augmenteront pas. Sans oublier la probable crise de l’eau. Ne pas soutenir la PAC aujourd’hui, ce serait aller demain vers une crise alimentaire mondiale. Les Espagnols font le même raisonnement que nous. Il y a tout de même quelque chose qui me chagrine dans la relation franco-espagnole, c’est notre fort déficit bilatéral dans le secteur de l’agroalimentaire. Il faut voir comment nous pouvons redévelopper les exportations de nos produits agroalimentaires vers l’Espagne. C’est un de mes axes de travail. Il ne s’agit pas d’acheter moins d’huile d’olive à l’Espagne mais de vendre plus pour résorber ce déficit.

LCE : Où en sont les dossiers des transports entre les deux pays ? JB : Nous sommes en train d’appliquer les conclusions du sommet franco-espagnol d’octobre 2012. Au niveau du ferroviaire, il y a la liaison à grande vitesse France-Barcelone, avec une mise en service dans le courant de l’année. Par ailleurs, les décisions de principe sont en cours sur letracé atlantique. Nous recherchons aussi des solutions pour démultiplier les autoroutes maritimes. Après Nantes-Gijon, nous avons l’espoir d’en ouvrir une deuxième sur la façade atlantique. Après les engagements des décennies passées des deux gouvernements s’agissant des interconnexions transpyrénéennes, les résultats sont au rendez-vous qu’il s’agisse du domaine des transports comme de celui de l’énergie.

LCE : Et les interconnexions énergétiques ? JB : Nous allons vers le triplement de la capacité des gazoducs. Le marché espagnol est actuellement enclavé. Il faut le relier au marché énergétique européen. Quant aux transferts d’électricité, sur le côté méditerranéen, la ligne de haute tension souterraine entre Baixas et Santa Llogaia est en cours de finalisation, avec une mise en service prévue pour la fin 2014. Sur la façade atlantique, le projet de ligne à haute tension est actuellement en phase d’études de faisabilité : il faut trouver un tracé qui va relier la côte nord de l’Espagne à la France par le golfe de Gascogne. Avec ces lignes à haute tension, nous allons vers l’équivalent de la production de deux grosses centrales nucléaires. Cela dit, il y a en Espagne un déficit financier du secteur énergétique. Le prix de l’électricité est bien plus élevé qu’en France. Toute une réforme du secteur de l’énergie est en cours et va conduire nos entreprises à ajuster leur stratégie sur l’Espagne, en fonction des décisions qui seront prises par le gouvernement espagnol.

LCE : On connait les atouts de l’Espagne, comme le tourisme ou les infrastructures. Quels sont les autres secteurs, dont on parle moins, qui pourraient être porteurs, notamment pour les entreprises françaises ? L’énergie durable, l’aéronautique? JB : L’Espagne est intégrée dans EADS et le groupe Casa est très actif. J’ai visité les installations de EADS à Madrid et j’irai bientôt à Séville pour voir le montage de l’A-400M. L’Espagne participe pleinement aux discussions sur l’avenir d’Airbus, sur la répartition de la charge industrielle, le partage de l’actionnariat. Pour nous, il est très important qu’elle y participe. Nous avons également Thalès, qui est implanté de longue date en Espagne et qui fait du bon travail ici. Sur le plan des énergies renouvelables, Areva, par exemple, travaille déjà avec des entreprises espagnoles. La position que Madrid a su prendre dans ce secteur conduit les entreprises françaises à regarder attentivement les possibilités de partenariats ici.

LCE : Dans un contexte de morosité, comment crée-t-on un “désir” de France? JB : Je crois que le désir de France est éternel ! Il y a 20 millions d’Espagnols qui sont déjà venus en France. C’est un grand pays qui a énormément d’attraits. Ce qui me frappe dans mon parcours diplomatique, c’est à quel point le regard que les étrangers portent sur notre pays est plus positif que celui que portent les Français eux-mêmes. Nous voyons plus nos difficultés que nos succès. Par exemple, il y a 22 écoles françaises en Espagne, qui accueillent 20000 élèves, dont la moitié sont espagnols. Sur un territoire comme l’Espagne, ce n’est pas rien. On peut aussi citer la vingtaine d’Instituts français et d’Alliances qui ont plus de 15000 élèves aujourd’hui. Sans compter la programmation culturelle qui concerne des artistes français, que ce soit dernièrement à la Fondation Mapfre, au musée Thyssen-Bornemysza, etc. La France est une grande référence culturelle en Espagne. Elle est également considérée, à juste titre, comme un grand pays technologique. J’ai récemment rencontré la secrétaire d’Etat espagnole à la recherche et au développement, pour évoquer les possibilités de partenariats dans le domaine scientifique, à la recherche de financements européens à l’horizon 2020. Plus généralement, il faut aller au-delà du souci légitime que fait peser la situation de crise : travailler ensemble sur des projets ambitieux car les Français voient en l’Espagne un pays d’avenir et les Espagnols voient la France comme un grand pays moderne.

LCE : Sur le plan de la diplomatie économique, la francophonie est-elle un atout ou un handicap? JB : Personne ne peut s’imaginer faire du business dans le monde sans parler anglais. Tout le monde parle anglais. C’est nécessaire. Mais ce qui est valorisant, c’est de parler d’autres langues. Aujourd’hui, le français permet l’accès à une trentaine de pays où il reste la langue des échanges. Les Espagnols ont fait un énorme travail sur l’anglais ces dernières années, mais la deuxième langue, doit rester le français.

LCE : Question plus personnelle en guise de conclusion : lors de vos six premiers mois, qu’est ce qui vous a le plus séduit en Espagne ? Et ce qui vous a surpris ? JB : Ce qui est très difficile pour un Français, c’est l’heure du déjeuner ! Mais ce qu’il y a d’agréable dans le mode de vie espagnol, c’est que la ville est vraiment conçue comme un espace où l’on se rencontre. Un peu comme en Italie, il y a une civilisation de l’urbanité très agréable et une simplicité dans les contacts. Madrid est une métropole à taille humaine. Et ses institutions culturelles, que ce soit dans la musique, les musées, ou le patrimoine, n’ont rien à envier aux autres grandes capitales européennes. Au-delà du soleil, cela explique beaucoup le succès touristique de l’Espagne.

Propos recueillis par Philippe Chevassus et Grégory Noirot

Photos : Julia Robles

Jérôme Bonnafont en 10 dates

né le 8 janvier 1961 – 1984 à 1986 : Ecole nationale d’administration (ENA) – 1986 à 1989 : secrétaire d’ambassade à l’ambassade de France en Inde – 1991 à 1993 : conseiller à l’ambassade de France au Koweït – 1993 à 1995 : conseiller à la mission permanente de la France auprès de l’ONU – 1997 à 2004 : conseiller à la cellule diplomatique de l’Elysée – 2004 à 2007 : porte-parole de l’Elysée – 2007 à 2011 : ambassadeur en Inde – 2011 à 2012 : directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères – novembre 2012 : arrivée à Madrid

Tras cuatro años en la India, Jérôme Bonnafont llegó a Madrid en noviembre de 2012, sucediendo a Bruno Delaye. x portavoz del Elíseo, ex director de gabinete de Alain Juppé en el Quai d’Orsay, el nuevo embajador de Francia en España, con 52 años, tiene una larga trayectoria política y diplomática a sus espaldas. Para Le Courrier d’Espagne, habla sobre los asuntos prioritarios de la Embajada, entre ellos, el sector económico. Le Courrier d’Espagne : En la última Conferencia de Embajadores se habló mucho de «diplomacia económica». Es una de las prioridades del Quai d’Orsay. En un país en crisis, ¿cómo aplicar esta estrategia? Jérôme Bonnafont : El Ministerio de Asuntos Exteriores ha dado a los embajadores una hoja de ruta muy clara: prioridad a la economía. Ya en la India me dedicaba a ello, pero el contexto y las estrategias eran diferentes en un gran país emergente con una tasa de crecimiento elevada. Aquí, en España, uno de nuestros primeros socios comerciales, debemos defender las posiciones establecidas. Lo primero que hacer en aras de una diplomacia económica eficaz es comprender la naturaleza del lugar y las oportunidades. ¿Seremos ofensivos o defensivos? ¿Complementarios o en competencia ? ¿En qué sector concentrarse ? En las próximas semanas, presentaré en París un proyecto de plan de acción de la embajada. Se discutirá a nivel interministerial y recibiremos después una hoja de ruta que fijará las grandes directrices para España. LCE : ¿Cuáles serán sus principales campos de actuación? JB : Primero, instruir al Gobierno francés y a los agentes económicos sobre la situación en España y sobre su estrategia de salida de la crisis. Hay que poder emitir un juicio lúcido para saber si el país va a salir de la recesión en 2014, como desea y trabaja en ello su Gobierno, y cuáles son los sectores en los que se va a producir una reactivación. Disponemos de un gran número de análisis, pero hacen falta más. Hay que hablar con los ministros encargados de los sectores económicos, los altos funcionarios, el gobernador del Banco de España, los empresarios, los banqueros, los sindicatos, etc. Es importante confrontar las relaciones con contactos intensos con las personas que, en el terreno, construyen la realidad económica del país, ya sea en Madrid, en Cataluña, en el País Vasco, donde acabo de pasar dos días, o en Sevilla, ciudad a la que viajaré próximamente. También es importante informar a París para saber cómo se prepara España para las negociaciones europeas o el proyecto de acuerdo de libre comercio entre Estados Unidos y Europa. El otro ámbito es el apoyo a nuestras empresas. En el plano comercial, nuestra postura, que estaba en primer plano, se ha degradado seriamente estos últimos años. Pero en cuanto a las inversiones, es buena. España todavía está en recesión, y nuestras empresas lo sufren. Entre ellas, algunas van bien y han sabido aprovechar la crisis para encontrar nuevas vías. Pero otras, en especial en los sectores más afectados, pasan por momentos complicados. También debemos acompañar a los empresarios que lo desean en su primer acercamiento al mercado español, ya sea en el plano comercial, es el papel de Ubifrance, ya sea como inversores. Y, en caso de que se enfrenten a dificultades, cosa que puede suceder, debemos ayudarles a encontrar a los interlocutores adecuados y ayudarles a solucionar tal problema de impago o de orden normativo, etc. LCE: ¿De qué herramientas dispone? JB : En la embajada, tenemos un servicio económico fuerte, dirigido por Philippe O’Quin, un alto funcionario experimentado, que ha sido consejero comercial y conoce bien estas cuestiones. También están las grandes oficinas de Ubifrance en Barcelona y en Madrid, que organizan la acción comercial en beneficio de las pymes, o las cámaras de comercio, en especial en Madrid y Barcelona. También consulto a los consejeros de comercio exterior, que dentro de poco se reunirán en el País Vasco. Por otra parte, a petición del ministro de Asuntos Exteriores, hemos creado un consejo económico, que se ha reunido recientemente por primera vez. El objetivo del consejo es reunir a los responsables de la embajada con personalidades del mundo económico francés en España. El objetivo es que nuestra acción económica esté confrontada a las necesidades de los agentes del terreno. También me he apoyado en el trabajo de mi antecesor, que era muy cercano a los medios económicos franceses y españoles.

 

LCE : Tras seis meses en Madrid, ¿cuál es su primer diagnóstico ? ¿Tiene la impresión de que España es un país que ha crecido demasiado rápido? JB : Benoît Pellistrandi, un historiador francés de España, ha escrito un artículo interesante sobre esta cuestión, en el que dice, en el fondo, que el camino que hicimos en la edad de oro del capitalismo, España la hizo entre 1975 y el inicio de la crisis. Si hoy es difícil para ella, es porque la crisis se produce en el mismo momento en el que alcanza su madurez. Más allá de esta interpretación de historiador, lo que me interesa es conocer la vitalidad económica del país. Primero, el sistema político español es sólido. Tiene sus dificultades. ¿Pero qué sistema político no las tiene? El país posee también infraestructuras extraordinarias, ya sea en relación a los puertos, los ferrocarriles, las autopistas o los aeropuertos. Se dice que hay demasiados, pero ¡más vale tener demasiados que no los suficientes! También hay un sistema sanitario reconocido. El país tiene una buena base. Cuando se pregunta a los inversores por qué vienen a España, responden que podrían irse a un país en el que los sueldos fueran más bajos. Pero aquí tienen las infraestructuras y la estabilidad política que compensan la diferencia salarial. España tiene grandes capacidades, como el turismo. La demanda turística sigue aumentando, con la llegada de los países emergentes en el mercado. Para nosotros, franceses, que tenemos un sector turístico fuerte, es importante observar lo que sucede en España. Hay oportunidades de negocio, puesto que disponemos de un saber hacer en este ámbito. España también es fuerte en la exportación. Gracias a las reformas que se han llevado a cabo, las exportaciones han aumentado. Con la flexibilidad y la reducción del coste laboral, los productos españoles son más baratos. Además, la contracción de la demanda interior ha llevado a las empresas españolas a adoptar una actitud más ofensiva en el extranjero. Como han perdido mercados domésticos que creían adquiridos para largo tiempo, los españoles se han puesto a buscar de forma sistemática los mercados exteriores. Es una actitud nueva. España tenía la costumbre de tener grandes grupos que se han internacionalizado estos veinte o treinta últimos años. Pero no tenía un tejido de pymes para las que la exportación fuera una salida natural. Hoy está cambiando: España tiene la intención de conseguir crecer a través de la exportación. Pero el éxito de esta estrategia supone la vuelta del crecimiento en Europa. A Madrid le interesa, al igual que a nosotros, que nuestras ideas culminen en una política de crecimiento para Europa. LCE : ¿Tiene la impresión de que España consigue «vender» el puente que representa hacia el continente sudamericano? Es un instrumento de crecimiento, porque el 30 % del IBEX procede de dicho continente. Respecto de sus aliados europeos, ¿es legible el discurso español sobre Sudamérica? JB : La última cumbre iberoamericana, que tuvo lugar en Cádiz, demostró que España quiere utilizar la solidaridad iberoamericana para construir su vuelta al crecimiento. La pregunta que nos podemos plantear es: ¿pueden ser las buenas relaciones de España con Latinoamérica una fuente de oportunidades para nuestras empresas, por ejemplo mediante asociaciones? La respuesta es sí. Nosotros mismos estamos muy bien implantados históricamente en Latinoamérica, donde, desde hace tiempo, la cultura francesa es muy popular. Corresponde a nuestras empresas saber desarrollar las políticas comerciales que les permitan estar presentes en el mercado. Pero no esperemos de España que haga nuestro trabajo. Sin embargo, hay que aprovecharse del hecho que Latinoamérica sigue muy orientada hacia Europa, porque sus lazos con España o Francia, y también con Inglaterra o Alemania, para aprovechar el crecimiento de este continente emergente. LCE : Ahora que el motor franco-alemán se ralentiza, ¿no tienta a París buscar nuevos aliados, entre ellos España, para hacer contrapeso frente a Berlín? Se percibió una voluntad de acercamiento en la última cumbre franco-española de octubre de 2012. JB : El presidente de la República se expresa muy claramente en cada consejo sobre la naturaleza de la pareja franco-alemana, a la que le atribuye una gran importancia. También dice que dicha relación no es exclusiva. Lo que es seguro es que con España hay una fuerte convergencia, con esa voluntad de encontrar un equilibrio entre las políticas de ajuste y de búsqueda del crecimiento. Los ajustes no deben matar al crecimiento, sino que el crecimiento debe acompañar a los ajustes. La dificultad actual es establecer una política europea de crecimiento. Se han tomado importantes decisiones: la más emblemática es la movilización, el año pasado, de 120 000 millones de euros a través del Banco Europeo de Inversiones y los fondos comunitarios. Pero la necesidad urgente de ahora es la puesta en marcha de la unión bancaria para tranquilizar a los mercados acerca de la solidez de nuestro sistema. La otra prioridad afecta a los tratados sobre la gobernanza de la zona euro. En esto también se trata de convencer a los mercados de esta evidencia: el euro es una elección definitiva. LCE : La última cumbre franco-española mostró puntos de acuerdo en la Política Agrícola Común (PAC). ¿En qué punto están las relaciones a este respecto? JB : Stéphane Le Foll, nuestro ministro de Agricultura, vino a Madrid la víspera de la reunión que se concluyó la nueva reforma de la PAC. Porque España forma parte de los países que piensan, como nosotros, que la PAC debe mantenerse. El sector agrícola, aunque ha retrocedido estas últimas décadas, sigue siendo un gran proveedor de puestos de trabajo, de actividad económica y de exportación. Pensamos que es legítimo dar continuidad a la PAC. Se ayuda mucho a las demás grandes agriculturas mundiales, en Estados Unidos, en Japón o en los países emergentes. No hay razón alguna para que la agricultura europea renuncie a que se la ayude. Además, a nivel mundial, estamos en una época de subprotección agrícola y mil millones de personas en el planeta sufren una subalimentación crónica. Va a haber dos mil millones de personas más que alimentar en los próximos treinta años con tierras arables cuyas dimensiones, ellas, no aumentarán. Sin olvidar la probable crisis del agua. No respaldar la PAC hoy, sería ir mañana hacia una crisis alimentaria mundial. Los españoles siguen el mismo razonamiento que nosotros. Pero hay algo que me apena en la relación franco-española, nuestro gran déficit bilateral en el sector agroalimentario. Hay que ver cómo podemos volver a desarrollar las exportaciones de nuestros productos agroalimentarios hacia España. Es uno de mis ejes de trabajo. No se trata de comprar menos aceite de oliva a España, sino de vender más para reabsorber este déficit. LCE : ¿En qué punto están las cuestiones de transporte entre ambos países? JB : Estamos aplicando las conclusiones de la cumbre hispano-francesa de octubre de 2012. A nivel ferroviario, la conexión de alta velocidad Francia-Barcelona se pondrá en servicio este año. Por otra parte, las decisiones de principio sobre el trazado atlántico están en curso. Buscamos también soluciones para multiplicar las autopistas marítimas. Tras Nantes-Gijón, tenemos la esperanza de abrir otra en la fachada atlántica. Tras los compromisos de las pasadas décadas de dos Gobiernos en materia de interconexiones transpirenaicas, los resultados están ahí, tanto en el sector del transporte como en el de la energía. LCE : ¿Y las interconexiones energéticas? JB : Vamos hacia la triplicación de la capacidad de los gasoductos. El mercado español está encerrado. Hay que conectarlo con el mercado energético europeo. En cuanto a las transferencias de electricidad, en el lado mediterráneo, la línea de alta tensión subterránea entre Baixas y Santa Llogaia está finalizándose. Su puesta en servicio está prevista para finales de 2014. En la fachada atlántica, el proyecto de línea de alta tensión se encuentra en fase de estudios de viabilidad. Hay que encontrar un trazado que conecte la costa norte de España con Francia por el golfo de Vizcaya. Con estas líneas de alta tensión, vamos hacia el equivalente de la producción de dos grandes centrales nucleares. Dicho esto, en España hay un déficit financiero del sector energético. El precio de la electricidad es bastante más elevado que en Francia. Se está procediendo a una reforma del sector de la energía que conducirá a nuestras empresas a ajustar su estrategia en España en función de las decisiones que tome el Gobierno español. LCE : Se conoce los puntos fuertes de España, como el turismo o las infraestructuras. ¿Cuáles son los demás sectores, de los que se habla menos, que podrían tener futuro, en especial para las empresas francesas? ¿La energía sostenible, la aeronáutica? JB : España es parte integrante de EADS y el grupo Casa es muy activo. He visitado las instalaciones de EADS en Madrid e iré pronto a Sevilla para ver el montaje del A-400M. España participa plenamente en las discusiones sobre el futuro de Airbus, sobre el reparto de la carga industrial, el reparto del accionariado. Para nosotros es muy importante que participe. También tenemos Thalès, instalada desde hace tiempo en España y que lleva a cabo un buen trabajo aquí. En el sector de las energías sostenibles, Areva, por ejemplo, trabaja ya con empresas españolas. La postura que Madrid ha sabido tomar en este sector lleva a las empresas francesas a considerar atentamente posibles asociaciones aquí. LCE : En un contexto de morosidad, ¿cómo crear un «deseo» de Francia? JB : ¡Creo que el deseo de Francia es eterno! Hay veinte millones de españoles que ya han ido a Francia. Es un gran país que tiene muchísimos atractivos. Lo que me sorprende en mi trayectoria diplomática, es la mirada que los extranjeros reservan a nuestro país, es más positiva que la de los propios franceses. Vemos más nuestras dificultades que nuestros éxitos. Por ejemplo, hay 22 escuelas francesas en España que acogen a 20 000 alumnos, la mitad de ellos españoles. En un territorio como España, no es poca cosa. También se puede citar la veintena de Instituts français y de Alliances que cuentan actualmente con más de 15 000 alumnos. Sin tener en cuenta la programación cultural, que atañe a artistas franceses, como ha sucedido recientemente en la Fundación Mapfre, en el museo Thyssen-Bornemisza, etc. Francia es una gran referencia cultural en España. También se la considera, con razón, un gran país tecnológico. Hace poco me entrevisté con la secretaria de Estado de Investigación y Desarrollo española para hablar sobre las posibilidades de establecer asociaciones en el ámbito científico, buscando financiación europea de aquí a 2020. De manera más general, hay que ir más allá de la legítima preocupación derivada de la situación de crisis: hay que trabajar juntos en proyectos ambiciosos porque los franceses ven en España un país de futuro y los españoles ven a Francia como un gran país moderno. LCE : En el ámbito de la diplomacia económica, ¿la francofonía es una ventaja o un lastre? JB : Nadie puede imaginar hacer negocios a nivel mundial sin hablar inglés. Todo el mundo habla inglés. Es necesario. Pero el valor añadido es hablar otros idiomas. Hoy, el francés permite el acceso a unos treinta países en los que sigue siendo el idioma de los intercambios. Los españoles han llevado a cabo un enorme esfuerzo en el inglés estos últimos años, pero el segundo idioma debe seguir siendo el francés. LCE : Para concluir, una pregunta más personal: en sus seis primeros meses, ¿qué es lo que más le ha seducido en España? ¿Y lo que le ha sorprendido? JB : ¡Lo que se le hace muy difícil a un francés es la hora de la comida! Pero lo agradable en el modo de vida español es que la ciudad está verdaderamente pensada como un espacio de encuentro. Un poco como en Italia, existe una civilización de la urbanidad muy agradable y una simplicidad en los contactos. Madrid es una metrópolis a escala humana. Y sus instituciones culturales, ya sean musicales, los museos o el patrimonio, nada tienen que envidiar al resto de grandes capitales europeas. Más allá del sol, esto explica en gran medida el éxito turístico de España.  

Realizado por: Philippe Chevassus y Grégory Noirot

Fotografía : Julia Robles

Jérôme Bonnafont en 10 fechas: 

– Nacido el  8 enero 1961 – 1984 a1986 : Escuela Nacional de Administración (ENA) – 1986 a 1989 : Secretario de la Embajada en la Embajada de Francia en India – 1991 a1993 : Consejero de la Embajada de Francia en Kuwait – 1993 a 1995 : Consejero en la misión permanente de Francia para la ONU – 1997 a 2004 : Consejero Diplomatico de l’Elysée – 2004 a 2007 : Vocero de l’Elysée – 2007 a 2011 : Embajador en India – 2011 a 2012 : Director de Gabinete del Ministerio de Asuntos Extranjeros – Noviembre 2012 : Llegada a Madrid

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