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“L’Espagne doit suivre les pas du gouvernement français en terme de parité dans les entreprises”

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Les club ou associations féministes ont le vent en poupe ces derniers temps. En Espagne, un des plus actifs est une association hispano-française, Mujeres Avenir, qui compte plus de 400 membres et représente plus de 100 entreprises. Maria Luisa de Contes est sa fondatrice. Rencontre.

 

Présentez-nous votre association. Qui sont les membres ? Quelle représentation avez-vous par rapport aux autorités locales ? On parle de vous comme un nouveau “ministère de la femme”, qu’en dites-vous ?

Votre première question n’est pas vraiment une seule question, mais plusieurs à la fois ; répondons-y une par une …

En premier lieu, en quelques mots, on peut dire que Mujeres Avenir est une association féministe, mais avec la particularité qu’en même temps elle encourage l’amitié hispano-française ; nous travaillons donc pour atteindre l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, en poursuivant très particulièrement la consolidation de la visibilité de la femme dans tous les secteurs des sociétés espagnole et française, aussi bien dans les domaines de l’économie et de l’entreprise que dans le monde dit de l’art et les mondes universitaire, scientifique, politique, etc., sur la base de la vision d’égalité de la Charte des Nations unies. 

Vous me demandez qui sont les membres de Mujeres Avenir, et pour vous répondre je dois nécessairement insister sur ce que je viens de dire. En effet, au sein de notre Association nous retrouvons non seulement un groupe très nombreux de femmes françaises et espagnoles environs 400 femmes associes dont 100 entreprises –pour la plupart des dirigeantes et des cadres de grandes entreprises françaises ou espagnoles, en plus de fonctionnaires de consulats et d’ambassades et professeurs d’université– et aussi des entreprises espagnoles et françaises qui, d’une manière remarquable et surtout grâce à une approche tournée vers l’avenir, ont intégré Mujeres Avenir dans les activités projetées par ces sociétés en matière de responsabilité sociale des entreprises (RSE) et qui, de surcroît, obtiennent ainsi le « label égalité professionnelle », qui est une marque d’excellence décernée par le gouvernement espagnol.

Notre activité se borne à encourager des projets et à mettre en œuvre des activités liées aux politiques d’égalité au sein des entreprises qui s’inscrivent dans ce que l’on appelle couramment la société civile, ou qui en font partie. 

Autrement dit, le fait que notre Président d’honneur et notre Vice-présidente d’honneur soient, respectivement, l’ambassadeur de France en Espagne et la consule générale de France à Madrid, ne conditionne absolument pas nos activités ; si, par exemple, nous organisons tous les ans une conférence internationale « Femme et Diplomatie » en collaboration avec le Ministère des affaires étrangères d’Espagne, il faut interpréter tout cela comme une manière d’enrichir nos activités qui, comme je vous l’ai déjà dit, sont entièrement privées.

Et, enfin, je tiens à préciser ici que Mujeres Avenir ne reçoit aucune subvention d’aucune sorte, ni de l’administration française ni de l’administration espagnole.

Malgré la crise, l’association est restée très active cette année dans l’événementiel. Quels ont été les grands événements qui ont marqué 2021 ?

Oui, c’est bien comme vous le dites : malgré la crise provoquée par le Covid-19, notre association a continué de fonctionner. En effet, Mujeres Avenir a été la première association de nature privée qui a convoqué au cours du deuxième semestre de l’an 2020 un événement qui a été diffusé en streaming ; et nous avons organisé ensuite d’autres événements qui, dans le respect des instructions des autorités sanitaires, combinaient le présentiel et la diffusion en streaming.

Pour ce qui concerne la deuxième partie de votre question, sur les grands événements organisés par Mujeres Avenir en 2021, il m’est très difficile de vous répondre, car ils ont tous bénéficié, du point de vue social, d’une visibilité et d’une diffusion publique extraordinaires ; je peux vous dire qu’un de ces événements a été suivi en streaming, simultanément, par plus de 3.400 personnes … Le succès a été formidable !

Cependant, comme vous me demandez d’en faire une sélection, parmi les 26 activités publiques mises en œuvre en 2021 je mettrais en relief les quatre suivantes, dont l’importance publique et médiatique a été considérable : 

– La IV Conférence internationale « Femme et Diplomatie » à Madrid, à laquelle ont participé toutes les ambassadrices étrangères accréditées en Espagne.

– La conférence que nous avons organisée lors de la Journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes, sous le thème « Rendons visible l’inadmissible : les différentes formes de violences à l’égard des femmes », pour mettre la lumière sur les aspects de la violence en raison du sexe qui restent « dans le noir », notamment la violence à l’égard des femmes indigènes, la violence exercée contre les femmes handicapées ou encore l’utilisation du corps des femmes comme arme de guerre, qui a bénéficié de la participation de Samantha Cazebonne, Sénatrice des Français établis hors de France.

– La conférence que nous avons intitulée « Guardia Civil et Gendarmerie : une collaboration transfrontalière », qui a bénéficié de l’intervention de Mme María Gámez, directrice générale de la Guardia Civil.

– Et la “Journée de leadership et talent féminin », organisée en collaboration avec la mairie de La Rioja. 

Comme je l’ai déjà indiqué, je pense que les 22 autres événements sont tout aussi importants, mais je ne vous signale que ceux qui ont eu le plus de diffusion.

Vous avez de plus en plus de décideuses. Vous identifiez-vous comme une association féministe comme telle ou plutôt de plus en plus comme un club de femmes dirigeantes ? 

Notre association est une association féministe. Toutefois, notre corps associatif est constitué essentiellement de femmes qui occupent des fonctions dirigeantes au sein d’entreprises – françaises et espagnoles – ou qui sont des hautes fonctionnaires de l’administration publique française et espagnole ; de toute manière, si quelqu’un a d’emblée des incertitudes partiels quant à l’objet de Mujeres Avenir, il n’a qu’à visiter notre site internet (www.mujeresavenir.com) et tous ses doutes seront écartés à l’instant.

Par ailleurs, le fait que de très nombreuses entreprises françaises et espagnoles soient membres associés de Mujeres Avenir reflète parfaitement la richesse et la complexité de notre projet en tant qu’association : nous ne sommes pas une association féministe comme les autres, et nous ne sommes absolument pas un club de femmes dirigeantes.

De quelle manière la perception des droits et surtout la reconnaissance des femmes a-t-elle évolué depuis 5 ans en Espagne dans le monde du travail, pour ne pas dire le monde des     affaires ? Où en est-on par rapport à la France ?

Pour répondre de manière concrète à votre question, je peux vous assurer qu’au cours des derniers 5 ans l’Espagne n’a pas modifié sa réglementation visant à promouvoir les femmes au sein des entreprises ; en fait, à mon avis, depuis la promulgation de la loi organique 3/2007 pour l’égalité effective des hommes et des femmes, seules quelques réglementations peu efficaces ont été instaurées pour atteindre cet objectif souhaitable de l’égalité de traitement en entreprise.

L’Espagne a adopté uniquement des dispositions légales qui recommandent aux entreprises d’augmenter le nombre de femmes dans leurs conseils d’administration, mais sans les obliger véritablement à atteindre un équilibre numérique spécifique en termes de participation des femmes aux conseils d’administration.

Or, la France a promulgué des réglementations très spécifiques et extrêmement efficaces au cours des 5 dernières années, car elles obligent les entreprises françaises à inclure un certain nombre de femmes dans leurs conseils d’administration. À l’heure actuelle il existe même un débat sur la possibilité de faire adopter cette inclusion proportionnelle au sein des comités de direction des entreprises. En outre, la France a pu constater, en faisant un bilan de sa politique d’égalité (entre les hommes et les femmes dans les fonctions dirigeantes), que cette obligation imposée par la loi a apporté une amélioration et un enrichissement de toutes les entreprises qui auparavant comptaient peu de femmes dans leurs équipes de direction.

L’Espagne doit suivre les pas du gouvernement français, qui a positionné la France comme le pays leader de l’Union européenne en matière de parité dans les organes de direction des entreprises.

Les grands projets ou événements de Mujeres Avenir pour 2022-2023 ?

Nos projets pour la période 2022-2023 sont tous ceux qui serviront à atteindre l’égalité effective entre les hommes et les femmes ; et notamment pour l’Espagne, nous allons lancer une campagne pour demander ici que soient adoptées (voire copiées !) les mêmes réglementations qui ont rencontré cet énorme succès en France, en vue d’encourager la promotion des femmes aux fonctions dirigeantes des entreprises. En effet, ce projet et ce succès n’ont pas profité uniquement aux femmes, car ils ont apporté des bénéfices à toutes les entreprises qui ont appliqué ces politiques.

Nous allons encourager l’attribution des 140 milliards d’euros des fonds Next Generation à des projets inclusifs sur le territoire national et contre la discrimination des femmes ; des projets garantissant l’utilisation rationnelle des ressources, ainsi que l’adaptation au changement climatique et la mise en œuvre d’un modèle de développement durable générateur d’emplois décents qui contribue à la réduction des inégalités, et qui nous permettra de devenir le premier continent neutre pour le climat en 2050. Et, plus généralement, nous organiserons tous types d’événements liés à l’actualité sociale, politique et économique nécessitant une attention particulière.

Vous devez tenir compte du fait que Mujeres Avenir réalise son activité dans une perspective mondiale. Autrement dit, notre agenda n’est pas uniquement binational (pour la France et l’Espagne).

Nos actions étant conçues dans une perspective internationale pour défendre les droits fondamentaux, y compris la défense de l’égalité entre les sexes en et hors entreprise, ou la lutte contre la violence en raison du sexe, etc., etc. … Nous disposons donc d’un agenda mondial.

En ce sens, au sein de Mujeres Avenir il existe plusieurs organes travaillant en permanence pour proposer des projets qui visent à encourager l’égalité de ce point de vue mondial dont je viens de parler, notamment notre Comité directeur, composé de 40 femmes expertes, notre Comité Jeune, enthousiaste et créateur de projets innovants et passionnants, ou encore notre Comité consultatif, composé de personnalités du monde de l’entreprise et de la culture. Tous ces organes, chacun à son niveau, ont pour mission essentielle d’examiner en profondeur les idées et les projets concrets qui nous permettront d’atteindre cette égalité et cette parité tant souhaitées.

Par Philippe Chevassus pour LCE

 

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