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Rencontre avec Fernando Carderera Soler, Ambassadeur d’Espagne en France

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Les relations bilatérales entre la France et l’Espagne sont au beau fixe. Tant sur le plan politique, que culturel ou économique. Avec le projet du Grand Paris, des entreprises espagnoles pourraient s’ouvrir un marché en France. En revanche, de nombreux efforts restent à faire dans le domaine des interconnexions entre les deux pays. Rencontre.

Comment se portent les relations bilatérales entre l’Espagne et la France aujourd’hui ?

Les relations sont excellentes, d’une qualité et d’une densité extraordinaires dans tous les domaines. Cela se ressent dans les chiffres des dernières années. Le commerce entre l’Espagne et la France est supérieur au commerce entre l’Espagne et tout le continent américain. En arrondissant les chiffres, on atteint les 43 milliards d’euros d’exportations et 34 milliards d’euros d’importations en 2018. Autre donnée intéressante: il y a 3,3 millions d’élèves de langue espagnole dans des lycées et écoles françaises.

La coopération policière et judiciaire est aussi l’un de nos points forts. Pour citer un cas récent de collaboration entre les deux pays, nous avons mis en place un programme d’échange entre la Gendarmerie et la Guardia Civil, pour que chacune suive une formation dans le pays voisin. C’est un programme pionnier en Europe que l’on voudrait également développer dans d’autres pays. Etant donné la qualité et l’intensité de nos relations bilatérales, nous avons commencé avec la France.

De plus, nos deux pays partagent une vision commune sur le chemin à suivre dans le cadre européen.

À l’image du dernier projet de construction aéronautique entre l’Allemagne, la France et l’Espagne par exemple ?

Exactement. Dans ce cas, c’est un projet franco-allemand auquel vient se greffer l’Espagne  pour participer à la construction d’un avion de combat du futur qui entrera en service en 2040. Ce qui est clair c’est que l’Espagne développe une position très active au sein de l’Union Européenne. Les positions de la France et de l’Espagne dans les principaux dossiers européens sont assez proches. Les deux pays font partie des pays  moteurs de l’Union Européenne.

Qu’apportent les liens entre l’Espagne et l’Amérique Latine à l’Union Européenne ?

L’Espagne partage avec l’Amérique Latine l’histoire, la culture, la langue et des relations commerciales et économiques intenses. Le monde hispanique est une valeur ajoutée dans les relations extérieures que l’Espagne apporte à l’Union.

Quels sont les grands projets prévus dans les prochains mois ?

Il y a un domaine intéressant pour les entreprises espagnoles aujourd’hui, il s’agit du Grand Paris. L’Espagne a prévu des investissements très importants dans la construction d’infrastructures de transport. Il faut savoir que dans ce secteur, l’Espagne est leader mondial. Elle gère ou construit presque 40% des principales infrastructures de transport au monde: par exemple, Ferrovial gère l’aéroport d’Heathrow, les TGV  entre Ankara et Istanbul ou entre La Mecque et Médine, ou l’élargissement du canal de Panama ont été construits par des entreprises espagnoles ou avec leur participation, des autoroutes françaises sont gérées par des sociétés espagnoles etc.

 

 “L’Espagne gère ou construit presque 40% des principales infrastructures de transport au monde.”

 

À combien peut s’élever ce marché pour les entreprises espagnoles ?

Approximativement, cela représente 35 milliards d’euros d’investissement.

Si l’Espagne a 40% du marché, on est donc entre 10 et 15 milliards d’euros d’opportunités pour les entreprises espagnoles ?

Il y a des opportunités  de négociation difficiles à  chiffrer. En plus de la participation directe, les entreprises espagnoles peuvent être présentes sur le marché français à travers la sous-traitance, pour offrir des services dans lesquels nous sommes à la pointe comme la construction des tunnels.

Tout cela démontre le savoir-faire, et la puissance des sociétés espagnoles…

Tout à fait. En plus des infrastructures de transport, nos entreprises sont  leaders en énergies renouvelables, traitement des déchets et traitement des eaux usées ou dans le secteur de la distribution (textile ou alimentation). La principale compagnie d’énergies renouvelables aux États-Unis est Iberdrola. La principale banque de la zone euro est le Banco Santander. Inditex, phénomène dans le secteur de l’industrie textile, a été créé en Espagne et est maintenant un empire du textile. 100% de l’espace aérien allemand ou 60% de l’espace aérien chinois sont contrôlés par des systèmes développés en Espagne. La station météorologique de la sonde envoyée vers Mars a été construite en Espagne. Dans le domaine de la santé, notre système sanitaire est considéré parmi les trois plus performants au monde avec un système de transplantation d’organes humains considéré comme exemplaire par l’Organisation Mondiale de la Santé, et qui a permis 5.000 transplantations d’organes humains par an depuis plus d’une vingtaine d’années.

Pour ce qui est de la diplomatie économique, les groupes espagnols font-ils appel à vos services quand ils veulent rentrer sur des marchés français ?

Dans le cas de grandes entreprises comme Inditex ou le Banco Santander ils ont déjà une relation directe avec la France car ils travaillent sur le marché français depuis longtemps. Les PME, par contre, recourent de façon plus régulière au service commercial et économique de l’Ambassade afin d’être informées des opportunités d’affaires. Elles bénéficient donc d’un accompagnement au quotidien.

Que dites-vous aux investisseurs français qui regardent l’Espagne ?

D’abord, l’Espagne est l’économie de l’Union Européenne qui a connu la plus forte croissance ces trois dernières années: 3% en 2016/2017, près de 3% en 2018, et une prévision de croissance de 2% pour 2019. Ensuite, nous sommes la quatrième économie de la zone euro. L’une des plus ouvertes d’Europe que ce soit au niveau des aides publiques où l’Espagne se situe en dessous de la moyenne européenne, ou des participations de l’État dans le secteur de l’industrie car le secteur public est très réduit. L’exportation des services et marchandises en Espagne équivaut à 35% du PIB, deuxième pourcentage d’Europe après l’Allemagne et supérieur à la France.

Notre réseau d’infrastructures est très moderne et performant: nous avons plus de kilomètres de voies ferrées pour les trains à grande vitesse que la France et notre réseau TGV est le deuxième au monde après celui de la Chine. Notre main-d’œuvre est très qualifiée et bien formée, notre système d’éducation fonctionne bien.

L’Espagne est un État de droit avec un respect de la loi et un niveau de protection des droits et des libertés fondamentales parmi les plus importants au monde y compris dans les droits sociaux. Le système judiciaire est tout à fait indépendant, fiable et irréprochable.

J’ajouterai que la quasi totalité des entreprises du CAC 40 investissent en Espagne, avec un stock d’investissement de 40 milliards d’euros.

Toutes les entreprises de l’IBEX ont investi en France ?

Non pas toutes, mais beaucoup l’ont fait. Le stock d’investissement est de 10 milliards, ce qui est assez important, avec des cas remarquables comme Abertis qui gère 20% des autoroutes françaises, notamment au nord de Paris, via Sanef. De même pour les porteurs de télécommunications via la société Cellnex qui contrôle une part importante des infrastructures de télécommunication françaises. Orange a plus de clients de fibre optique en Espagne qu’en France. On voit que le niveau de services en Espagne est remarquable.

 

 

Il n’y a donc aucun domaine dans lequel les relations bilatérales devraient s’améliorer ?

Si, celui des interconnexions d’énergies ou de transport. Les deux pays étant frontaliers, l’Espagne doit passer par la France pour transporter ses produits, pour réaliser ses échanges d’énergies, que ce soit au moyen de la route, du rail, des lignes électriques ou de gazoduc.

Concernant l’électricité on a fixé un objectif de 10% d’interconnexions de la capacité installée. On atteint aujourd’hui 2,8%. On doit arriver à environ 5% d’ici 2025. Ce qui est toujours très peu. Nous voudrions faire mieux, et c’est notre objectif, mais la France n’est pas assez ouverte sur ce sujet.

 

“Concernant les interconnexions, la France n’est pas assez ouverte”

Pourquoi vouloir faire cela ?

Car nous avons un système en mix énergétique qui fait que la partie du renouvelable est très importante. Nous voudrions avoir la possibilité d’échanger de l’électricité avec la France et peut-être avec d’autres pays européens. L’Espagne pourrait fournir l’électricité à la France en hiver et inversement l’été.

Pour le transport routier c’est la même chose. Il existe seulement deux autoroutes qui passent par le Pays basque ou la Catalogne. Pareil pour les voies ferrées : les investissements prévus en France pour descendre en TGV après Bordeaux et Montpellier n’arriveront pas avant une vingtaine d’années. Par contre la connexion jusqu’à la frontière espagnole est déjà faite pour les TGV. C’est un point que l’on pourrait améliorer.

L’Espagne est aujourd’hui la deuxième destination touristique au monde, derrière la France. Va-t-elle dépasser la France d’ici quelques années ?

Nous sommes deuxièmes en nombre de visiteurs et aussi en montant de recettes. En nombre de touristes, on peut toujours faire mieux mais on a déjà atteint un niveau assez remarquable : 82 millions de visiteurs par rapport à une population de 46 millions. C’est un chiffre extraordinaire. Je ne sais pas où sont les limites mais en tout cas nous souhaiterions garantir un tourisme de qualité et un volume de recettes qui soit toujours important.

Au niveau de la culture, l’Ambassade de France et l’Institut Français sont assez actifs en Espagne. Qu’avez-vous à dire sur la représentation culturelle de l’Espagne à Paris ?

D’abord, l’Espagne et la France sont deux puissances dans le domaine culturel. La culture espagnole est bien connue, et très appréciée en France: que ce soit la culture classique ou moderne à travers de nombreuses manifestations. Si on parle d’arts plastiques par exemple, Paris a accueilli la grande exposition « Picasso bleu et rose » au musée d’Orsay, et celle sur « Miró » au Grand Palais, en 2018. Il y a maintenant « Picasso et la guerre » au Musée de l’Armée avec un cycle de concerts avec des œuvres de compositeurs espagnols ou français. En octobre aura lieu une grande exposition sur « El Greco » au Grand Palais. Il y a toujours des projets importants.

Pour ce qui est du cinéma, les Espagnols sont présents au Festival de Cannes, et Pedro Almodóvar est une star en France. Il y a également un festival de cinéma espagnol à Nantes qui rassemble plus de 36.000 spectateurs. Même chose avec les séries comme “La casa de papel”, qui est un véritable succès.

Et en matière de sport, Rafael Nadal a été sacré 12 fois champion de Roland Garros. On peut dire que l’Espagne est plutôt bien représentée en France.

 

Camille Sánchez et Philippe Chevassus

 

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