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Rencontre avec Jean-Luc Van Klaveren, Ambassadeur de Monaco en Espagne

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Jean-Luc Van Klaveren est un des ambassadeurs vétérans de Madrid puisqu’il occupe son poste depuis presque cinq années. Monaco est une ambassade neutre sur de nombreux sujets, bien que, nous explique-t-il, une petite révolution s’opère dans le domaine fiscal entre le Rocher et la péninsule ibérique. Rencontre.

Quel est l’état actuel des relations bilatérales entre l’Espagne et Monaco ?

Elles sont bonnes que ce soit en termes d’échanges économiques ou culturels. Depuis quelques années déjà, nous sommes toujours en attente de la signature d’un accord d’échanges d’informations fiscales, qui est un dossier important pour nous. C’est une négociation qui a débuté en 2010 à la demande de l’Espagne qui a été finalisée en 2013 et a abouti aux textes consensuels de l’accord et à un protocole d’accord pour son application.

Depuis lors nous sommes donc en phase finale et dans l’attente de sa signature. Le principe de signature de ce texte a été approuvé en Conseil des ministres en avril dernier mais pour l’heure il n’est toujours pas signé.

Quels sont les critères de ce texte ?

C’est un texte qui prévoit une assistance mutuelle visant à faciliter -avec garantie de confidentialité- l’échange d’informations pouvant présenter un intérêt pour la détermination, le règlement et la perception par exemple de l’impôt sur le revenu des particuliers et des non-résidents, sociétés, etc. amenant ainsi une transparence fiscale entre Monaco et l’Espagne. Il permet au gouvernement espagnol d’avoir des informations sur des personnes qui détiennent des avoirs, des biens, ou des comptes en banque en Principauté. Cela permettra à Monaco, qui est déjà sorti de la liste de paradis fiscaux de l’OCDE et de l’Union Européenne, de sortir de celle de l’Espagne.

Chaque pays peut donc avoir sa propre liste ?

En effet, chaque pays en est susceptible. Le fait d’avoir, en 2016, signé un accord avec l’UE ne nous dispense pas d’accords bilatéraux avec les pays membres, comme c’est le cas par exemple avec la Belgique. Beaucoup de pays nous l’ont demandé. Certains échanges ont abouti à une signature, d’autres sont en attente. Au total Monaco a signé pas moins de 34 accords, notamment avec les Etats Unis, l’Australie, l’Inde et en Europe, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la Suède, le Danemark, la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni

Qui dit fiscalité, dit investissements, échanges commerciaux intenses. Qu’en est-il des investissements monégasques en Espagne ?

C’est relativement stable. Il y a quelques entreprises qui ont des usines en Espagne comme le groupe Mécaplast (Novares), qui en a une près de Seseña (Tolède)  et une près d’Igualada (Barcelone). C’est un groupe équipementier automobile qui construit des pièces comme les tableaux de bord, les pièces en plastique, etc.

Avec l’image que les Espagnols ont de Monaco, cela entraîne parfois des problèmes avec les entreprises qui voudraient investir ou qui travaillent déjà en Espagne, ou encore des résidents monégasques qui sont propriétaires de biens en Espagne mais qui rencontrent des difficultés pour ouvrir un compte en banque ou effectuer un virement bancaire par exemple. Comme Monaco n’est toujours pas sortie de la liste espagnole des paradis fiscaux, il subsiste toujours une suspicion d’évasion fiscale.

Et à l’inverse, des investissements espagnols dans la principauté ?

Nous n’avons pas de fonds d’investissement, mais nous avons des privés qui font de l’immobilier par exemple. Mais c’est très limité.

Il y a eu des interventions d’entreprises de travaux publics, comme Dragados qui a participé à la construction de la nouvelle digue du port, qui a été réalisée à Algésiras.

 

 

Le Port de Monaco est-il un concurrent du Port de Valence ?

À Monaco il existe trois ports qui sont gérés par la Société d’exploitation des ports de Monaco, société anonyme monégasque détenue à 100% par l’’état : le port Hercule qui est le port historique, le port de Fontvieille, situé sur un terre-plein de 22 Ha gagné sur la mer dans les années soixante-dix et aujourd’hui complètement aménagé et un petit port en construction dans le cadre de la nouvelle d’extension en mer, qui ne comptera que quelques anneaux.

La Société d’exploitation des ports a fait l’acquisition de la concession d’un port en Italie, qu’elle est entrain de réaménager, et est en pourparlers pour prendre des anneaux en France. Tout cela concerne essentiellement la grande Plaisance et la Plaisance.

Pour ce qui est d’une éventuelle concurrence avec Valence, cela pourrait être au niveau des croisières mais nous ne sommes pas du tout dans la même échelle que Valence ou Barcelone. Heureusement car Monaco n’a pas la capacité d’accueil de ces villes. Monaco accueille environ 200 escales de bateaux de croisière par an soit 250.000 passagers, contre plus 1000 escales et plus de 2,5 millions de passagers à Barcelone.

Il n’y a donc aucun accord avec des ports espagnols ?

La Société d’exploitation des ports de Monaco a beaucoup de contacts avec ses homologues à l’étranger ; notamment sur le pourtour méditerranéen. Elle participe régulièrement à des congrès sur l’exploitation des ports et sur la plaisance. C’est une société assez récente, elle n’a démarré son activité qu’en janvier 2006, donc elle doit encore faire son histoire.

Les deux familles royales sont-elles en contact l’une avec l’autre ?

La Famille princière monégasque vient régulièrement en Espagne essentiellement en voyages privés.

SAS le Prince Albert II fait beaucoup de déplacements en Espagne pour la culture, le sport, ou Sa Fondation

Il était venu en 2016 pour l’ouverture de la branche espagnole de Sa Fondation et à cette occasion Il avait eu une audience privée avec SM le Roi Felipe VI. Cette même année, Il s’est rendu à Barcelone pour assister à la finale du Top 14 de Rugby au Camp Nou.

L’année dernière au mois de juin Il est venu à Tarragone pour les jeux méditerranéens.

Le Prince Souverain est venu début juin pour la finale de la Champions League.

Le mois dernier, SAS le Prince est venu pour présider l’Assemblée Générale de Sa Fondation et également la cérémonie de remise de prix qui a eu lieu à l’auditorium du Musée Reina Sofia. À cette occasion Il s’est à nouveau entretenu avec SM le Roi d’Espagne.

Quelles sont les thématiques communes entre les deux pays ?

L’environnement est l’un des piliers de cette relation, car il y a une préoccupation commune et mondiale. C’est un sujet sur lequel la parole du Souverain porte bien. Il a été l’un des premiers chefs d’État à s’engager pour la lutte contre les effets du changement climatique, notamment en créant une fondation dédiée.

L’ouverture de la branche espagnole de Sa Fondation participe à intensifier les relations avec l’Espagne. Historiquement il y a eu beaucoup de relations avec le Prince Albert Premier qui a effectué son service militaire dans la marine espagnole et a ensuite développé beaucoup d’actions en Espagne, principalement dans les domaines scientifiques. Il a par exemple participé à la création du premier parc naturel commun entre la France et l’Espagne dans les Pyrénées, à de découvertes archéologiques, etc.

Comme le Prince Albert, Il reprend en quelques sortes le flambeau de l’environnement, Il renoue les contacts avec l’Espagne sur ce sujet. Son action est bien reconnue, et valorisée. Depuis Son discours d’intronisation, en 2005, Il a créé Sa Fondation et ne cesse de s’investir. Il s’est par exemple rendu en Antarctique ou encore dans les îles du Pacifique dont l’existence même est menacée par les effets du changement climatique. Il mène beaucoup d’actions et fait montre d’énormément d’implication dans ce domaine.

 

Camille Sánchez et Philippe Chevassus

 

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