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Rencontre avec Marc Calcoen, Ambassadeur de Belgique en Espagne

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Depuis la crise catalane, les relations bilatérales entre la Belgique et l’Espagne se sont refroidies. Malgré tout, le nombre de touristes et d’investisseurs belges sur la péninsule Ibérique ne cesse d’augmenter. Rencontre.

Quel est l’état actuel des relations bilatérales entre la Belgique et l’Espagne ?

Les relations traditionnelles ont toujours été bonnes. Nous avons une très grande histoire commune avec l’Espagne : entre 1500 et 1700, l’Espagne était maîtresse chez nous puisque nous faisions partie de l’empire espagnol. Dans un passé plus récent nous avons eu pendant plus de 30 ans, la reine Fabiola, d’origine espagnole. Et depuis 1986 nous sommes des partenaires européens.

Malheureusement actuellement, la question catalane est venue empoisonner et distendre l’excellente relation bilatérale. Le procés catalan a eu des retentissements partout dans le monde, et surtout en Belgique puisque certains des protagonistes de ce conflit intérieur espagnol, Puigdemont en tête, sont venus s’y exiler. Il a été prouvé ces derniers temps que leur but était d’internationaliser ce conflit, pour le mettre sur la scène européenne. La justice belge ne s’est jamais prononcée sur le sort de Puigdemont. La première fois l’Espagne a retiré le mandat d’arrêt européen, et la seconde fois il était arrêté en Allemagne. Mais néanmoins, beaucoup d’Espagnols ont cru qu’il y avait de la sympathie pour les séparatistes catalans en Belgique.  

Quel est donc le message que vous souhaiteriez faire passer ?

Nous espérons que ces relations reprendront car les relations entre nos peuples ont toujours été très bonnes. Il y a 2.5 millions de touristes belges par an en Espagne, soit presque un quart de notre population. L’Espagne est la deuxième destination de vacances pour les touristes belges. Il y en a beaucoup qui se sont installés ici puisque les Belges sont parmi les premiers acheteurs étrangers d’un bien immobilier. Il y a aussi beaucoup de touristes espagnols qui voyagent en Belgique. On espère donc qu’on pourra reprendre les relations traditionnelles qui ont toujours été excellentes.

Dans quelles régions trouve-t-on le plus de résidents belges ?

Ils sont principalement sur les côtes : la province d’Alicante, Málaga, Barcelone, et Tenerife. Ce sont surtout des retraités qui viennent s’y installer. Il y en a aussi dans la capitale bien entendu.

Au niveau économique, les compagnies aériennes belges poursuivent-elles leur développement vers l’Espagne ?

Il y a toujours de nouvelles destinations qui s’ouvrent. C’est un marché important car il y a beaucoup de touristes et l’Espagne est quand même plus éloignée que la France pour nous. On voit très peu de voitures belges sur les routes espagnoles.

Qu’en est-il des exportations ?

En 2018 il y a eu un record du commerce bilatéral atteignant presque 20 milliards d’euros : 11 milliards d’exportations belges vers l’Espagne et 8,4 milliards d’exportations espagnoles vers la Belgique. Traditionnellement nous avons toujours une balance excédentaire en faveur de la Belgique. Nous exportons principalement des produits chimiques, du matériel de transports comme des voitures. Depuis quelques années, les exportations belges ont retrouvé le niveau précédant la crise espagnole et sont en augmentation. Mais les exportations espagnoles ont encore plus augmenté. Cela fait partie des conséquences de la crise : les exportations espagnoles se sont internationalisées car le marché interne était à plat et elles n’avaient pas d’autre choix pour se sauver que de chercher des marchés extérieurs.

Dans quels secteurs en particulier ?

Principalement celui du matériel de transport qui est numéro un. Des usines de voitures comme Ford, ont fermé en Belgique et sont venues s’installer en Espagne. Il y a aussi des sociétés espagnoles, comme la société basque CAF qui depuis 2004 construit les rames de métro et de trams en Flandre. Des entreprises espagnoles sont aussi actives en Belgique. Il y a un mois, une firme catalane dans le secteur alimentaire a repris une firme belge active dans cinq pays. Il y a de l’intérêt des deux côtés.

L’intérêt des sociétés belges en Espagne repose sur l’importance du marché ibérique. Il peut aussi être un pont pour l’Amérique Latine.

Pour les Espagnols, le marché belge représente le centre de l’Europe. C’est un marché au croisement des différentes cultures, et un bon marché d’essai pour lancer des produits. Tout cela se fait sans que la politique n’interfère. À chacun sa misère et à chacun sa joie.

Pour ce qui est de l’éducation, l’Espagne fait-elle partie des premières destinations Erasmus pour les étudiants belges ?

Effectivement, l’Espagne est la première destination Erasmus. Cela a toujours été le cas. Tout le monde a eu envie de partir après avoir regardé le film L’Auberge Espagnole. Et même sans le voir, les jeunes savent qu’ici on vit bien, on s’amuse bien, il y a le soleil et la fête. C’est ce qui compte le plus pour eux.

Une question plus personnelle : qu’est-ce qui vous a interpellé au niveau art de vivre en Espagne ?

J’ai demandé mon affectation en Espagne car l’histoire et le patrimoine sont intéressants. C’est un pays où les gens sont très accueillants, très chaleureux, très passionnés. Cette passion peut s’exprimer de forme positive comme négative, mais en règle générale c’est la forme positive qui prévaut.

En Espagne il y a beaucoup de fêtes traditionnelles qui créent des liens sociaux entre les différentes générations qui y participent. C’est intéressant de voir comment tout cela se maintient et comment les gens vivent leurs traditions, leur histoire, et leur patrimoine.

Et puis l’art flamand est assez présent : une grande collection des tableaux de Rubens se trouve au Prado, et il y a plus de tapis flamands en Espagne que chez nous.

 

Camille Sánchez et Philippe Chevassus

 

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