( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( ) ( )

Rencontre avec Mariin Ratnik, Ambassadrice d’Estonie en Espagne

 -  -  47579


À l’heure de la dématérialisation de l’économie, du développement des nomades digitaux et de l’harmonisation des normes européennes; l’Estonie est le pays le plus avancé au monde quant à la digitalisation des process institutionnels. Son concept de “e-recidency”, permettant à n’importe quel entrepreneur de créer sa société à distance, connaît un fort succès. À tel point que d’autres pays européens souhaiteraient s’en inspirer. Mariin Ratnik est la jeune et dynamique Ambassadrice d’Estonie en Espagne. Rencontre avec une visionnaire.

Pouvez-vous nous parler des relations bilatérales et commerciales entre l’Espagne et l’Estonie ?

À cause de notre éloignement géographique, notre relation commerciale est limitée. Elle est tout de même en progression: l’Estonie voit des intérêts en Espagne et l’Espagne part à la découverte de nouveaux espaces. Je ne sais pas si c’est en lien avec le Brexit ou les autres problèmes existants, mais de plus en plus de touristes espagnols viennent visiter l’Estonie.

C’est intéressant de voir que dans les deux sens, le nombre de touristes est en progression constante. Cela a commencé avec le tourisme de croisière sur la Mer Baltique où les personnes venaient passer une journée. Maintenant elles veulent profiter davantage du pays et des autres capitales des Pays Baltes que sont Riga (Lettonie) et Vilnius (Lituanie).

Il y a aussi de plus en plus d’Estoniens qui viennent découvrir l’Espagne et y restent l’hiver. Grâce à eux, nous avons créé des écoles estoniennes dans le sud de l’Espagne où les étudiants restent 3 ou 4 mois. Pour vous donner une estimation, ils sont entre 3.000 et 5.000.

L’Estonie a été le premier pays au monde à lancer le concept de “e-residency”. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Il s’agit d’une identification digitale qui peut s’obtenir dans le monde entier. Grâce à cette e-residency, vous êtes autorisé à utiliser les milliers de services numériques dont dispose l’Estonie. Bien sûr il va y avoir une différence dans l’usage des services entre les citoyens et les e-résidents. Mais basiquement, vous pouvez créer une compagnie et faire des affaires, sans forcément vivre en Estonie. 

Comment peut-on l’obtenir ?

Tout se fait en ligne et vous pouvez récupérer votre carte auprès de l’Ambassade d’Estonie et de ses représentations. Chez nous, la création d’entreprise se fait en ligne.Vous n’avez pas besoin d’aller remplir des papiers auprès des différentes institutions. Le temps de création dépend de votre rapidité, et des informations nécessaires que vous devez avoir sous le coude. Il faut compter environ 30 minutes.

Faut-il forcément disposer d’un compte bancaire dans le pays ?

La e-residency existe depuis 5 ans et est en constante évolution. Vous pouvez créer un compte bancaire mais ce n’est pas nécessaire à la création de votre compagnie. Au début il fallait un compte bancaire, imposé par la réglementation. Mais depuis nous avons avancé vers la possibilité d’ouvrir un compte bancaire à partir de n’importe où en Europe, ou une autre option comme Revolut. 

Depuis 20 ans, nous avons lancé de nombreuses innovations digitales. Alors pourquoi ne pas donner l’opportunité d’en profiter à tous ceux qui seraient intéressés par le concept ? Vous n’êtes pas obligé d’être un entrepreneur pour vous lancer. Vous pouvez être un simple citoyen. Bien sûr, être entrepreneur est plus intéressant car vous pouvez faire du business en Europe, sans forcément y être présent. D’ailleurs les Espagnols sont les employeurs les plus actifs et les plus informés. 

Qu’en est-il des taxes ?

Les taxes de votre société sont payées là où vous déclarez et percevez votre revenu. C’est une logique élémentaire. Si vous faites du business ici et que vous percevez votre revenu ici, vous devriez pouvoir payer les taxes d’ici. Mais cela dépend des règles fiscales de chaque état. Les taxes estoniennes sont très intéressantes et vous permettent de réinvestir dans la croissance et l’innovation de votre société. 

Le système de taxe estonien est assez simple à comprendre. L’impôt sur le revenu, “flat taxe” à un taux unique de 20%. Notre service d’impôts est un service numérique où tout est déjà enregistré. Vous avez juste à vérifier que tout est exact, et que rien ne manque. Je pense qu’il vous faut 3 clics et en moins de cinq minutes, tout est fait.

Comment expliquer cette croissance dans le domaine du numérique ?

L’Estonie est redevenue indépendante en 1991. Nous sommes repartis de zéro pour construire notre société. Nous ne voulions pas reprendre le modèle traditionnel et avons donc pensé à la manière d’être les plus efficaces avec nos 1,3 million d’habitants et ce même si nous n’avons pas les 46 millions que possède l’Espagne.

Que pensent les voisins européens de cette e-residency ? Peut-on parler de concurrence ?

Bien sûr que ça l’est. Je pense que l’innovation est liée à deux choses: la concurrence et l’éducation. Vous innovez avec l’idée de devoir concurrencer. Si vous êtes dans un système qui n’est pas compétitif, vous n’apportez pas de nouvelles idées. Je pense qu’il y a différentes approches à l’innovation et la nôtre est qu’à travers cette concurrence, nous créons aussi de l’innovation. Nous avons créé le vote par Internet en 2005 par exemple. 

Bien sûr que toute nouvelle chose est suspecte. Mais je pense que cela est, de manière générale, vu positivement. 

Nous avons tendu la main à un marché numérique vers lequel nous nous dirigeons. Le digital n’est pas quelque chose qui va arriver. Il est déjà présent. Ce sentiment est également de plus en plus présent au sein de l’Union européenne. Tout le monde en prend conscience. 

L’autre avancée au sein de l’Union européenne doit être la mise en place du partage de données. Comme par exemple avec la e-prescription. J’ai mon id-card et mon identifiant, je n’ai pas besoin d’aller chez un nouveau médecin, dans un autre pays européens, pour avoir ma prescription. Mon docteur en Estonie me fait cette prescription et je peux demander mes médicaments dans n’importe qu’elle pharmacie de l’Union européenne. 

Le marché européen doit donc s’ouvrir davantage ?

Exactement. Nous avons ce projet de coopération sanitaire avec la Finlande. Un Finnois avec une id-card doit pouvoir se rendre dans une pharmacie estonienne pour récupérer ses médicaments prescrits par son propre médecin en Finlande. Mais pour cela, il faut partager les données. Toutes les administrations de chaque pays ont des bases de données: les médecins, les assurances, etc. C’est tout à fait logique qu’elles soient séparées selon le secteur d’activités. Mais il faut qu’elles soient partagées.  

L’Espagne vous demande-t-elle des conseils sur ce point ?

Elle montre de nombreux signes d’intérêts. Nous sommes transparents sur nos innovations et avons envie de les montrer et de les expliquer. Mais chaque société est différente donc il faut y aller petit à petit. Comme je dis, on apprend de nos erreurs. 

La législation a aussi un rôle important là-dessus. Vous devez fournir un système numérique avec une législation appropriée. 

Combien d’Espagnols ont demandé cette e-residency ?

Ils doivent être 1.500 depuis que nous avons lancé le concept. Environ 360 entreprises ont été créées. C’est un bon élément moteur. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont bien informés, et savent exactement pourquoi ils font la demande. 

Et dans le monde ?

En cinq ans, plus de 50.000 personnes ont demandé une e-residency. On parle de personnes de 165 pays dans le monde entier. Ces e-residents ont créée plus de 7.300 entreprises.

Si je change de pays, je peux conserver ma société et modifier seulement mon adresse ?

Exactement et la clé est que tout se fait en ligne.

Nous offrons aussi en option les visas pour les start-ups. Pour créer encore plus d’innovation, nous devons être attractifs. Donc nous offrons ce visa, dans le but de partager et d’apprendre de chacun. Comme les nomades numériques par exemple. Cela va d’ailleurs être discuté au Parlement estonien en novembre. Aujourd’hui, on peut travailler depuis n’importe quel endroit et ce à travers le monde entier. Il faut juste avoir un accès à Internet. C’est aussi une façon d’attirer encore plus l’innovation. 

Nous apprenons tous les jours de ces changements numériques et travaillons davantage sur l’intelligence artificielle. Nous avons déjà des bus sans chauffeur dans le centre-ville de Tallin. Je pense que l’intelligence artificielle et le partage de données sont les deux principaux objectifs sur lesquels nous devons nous concentrer car ils sont déjà présents. 

 

Camille Sánchez et Philippe Chevassus

 

Newsletter

47 recommandation(s)
bookmark icon

Newsletter