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Rencontre avec Roberta Lajous Vargas, Ambassadrice du Mexique en Espagne

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Le Mexique est un gros partenaire culturel et commercial de l’Espagne. Un marché de 120 millions d’hispanophones mais aussi un pont pour toute l’Amérique latine pour de nombreuses entreprises européennes. Rencontre avec Roberta Lajous Vargas, Ambassadrice du Mexique en Espagne.

Quel est l’état actuel des relations bilatérales entre l’Espagne et le Mexique ?

Elles sont excellentes. Nous venons de fêter 42 ans de relations ininterrompues. Celles du XIXème et XXème siècles ont été agitées mais depuis 1987, nous avons établi de nouvelles relations diplomatiques. Chaque année il y a plus de commerce, d’investissements et d’échanges culturels, éducatifs et humains.

De plus, nous avons une grande partie de la communauté mexicaine qui détient la double nationalité.

Juste en Espagne ?

En Espagne et au Mexique. Des Mexicains l’ont obtenu car leur grand-père était espagnol ou tout simplement parce qu’ils sont nés en Espagne. Il y a aussi des couples mixtes qui permettent à leurs enfants de profiter de cette double nationalité.

En parlant de la communauté mexicaine, combien de personnes vivent dans la péninsule ?

La communauté mexicaine représente environ 55.000 personnes sur l’ensemble du territoire. Ceux qui bénéficient de la double nationalité ne sont pas répertoriés dans les statistiques fournies par le Gouvernement espagnol. Nous pensons donc que notre communauté est plus importante que les chiffres officiels.

Pour ce qui est de la répartition sur le territoire, on retrouve principalement cette communauté dans les grandes villes que sont Madrid et Barcelone, mais aussi dans le nord du pays qui a accueilli beaucoup d’immigration.

C’est très émouvant pour moi de me déplacer dans le pays et de rencontrer des
associations de Mexicains qui conservent leurs traditions. Le 15 septembre dernier, nous avons célébré la Fête Nationale du Mexique ici à Madrid, sur la Plaza
Chamberí. 1.000 à 2.000 personnes y ont assisté et comme chaque année, nous
avons fait le Cri de l’Indépendance. Cette fête se célèbre aussi à Barcelone,
Cadix, Santander, en Asturies, en Galice. Partout en Espagne.

Comment se porte la relation commerciale ?

C’est une relation très dynamique aussi bien pour ce qui touche au commerce, qu’aux investissements. À l’heure actuelle, l’Espagne est le premier investisseur européen au Mexique et le second au niveau mondial, juste derrière les États-Unis. Historiquement, le Royaume-Uni était le second. Mais les investissements espagnols ont tellement augmenté, que l’Espagne est devenue le second investisseur mondial.

De même, les investissements mexicains dans la péninsule progressent de jour en jour. Le Mexique s’est converti en principal investisseur d’Amérique latine en Espagne.

Dans quel secteur en particulier ?

Dans le secteur de la construction avec par exemple l’entreprise Cemex. Ou encore celui de l’alimentation avec les entreprises Maseca, qui produit de la farine de maïs et ses dérivés, et Bimbo, productrice de pain qui compte des filiales dans toute l’Amérique latine, les États-Unis, le Canada, et l’Europe.

Il faut également savoir que l’Espagne est la principale destination européenne du pétrole mexicain. Les raffineries situées au Pays-basque sont adaptées pour recevoir le pétrole mexicain qui est très lourd et qui nécessite un meilleur raffinage. Chaque type de pétrole a son client. Et puis d’un point de vue géographique, l’Espagne est le pays européen le plus proche du Mexique.

Peut-on dire que l’Espagne est une porte d’accès pour le reste des marchés européens ?

Effectivement. Beaucoup d’entreprises mexicaines viennent s’installer ici pour ensuite rechercher une plus vaste présence en Europe et en Afrique du Nord.

Concernant le tourisme, quelles sont les principales nationalités qui viennent passer leurs vacances au Mexique ?

Les Américains, les Canadiens et les Britanniques sont les principaux touristes que nous accueillons, mais il y a aussi beaucoup de Français et d’Espagnols qui viennent surtout à Cancun car il existe des vols directs. Notre objectif est de leur faire découvrir le reste du territoire, qu’ils connaissent autant le Mexique hispanique que le Mexique colonial, et qu’ils découvrent un pays qui ressemble au leur.

C’est-à-dire ?

Ce qui m’a surpris en voyageant à travers l’Espagne, c’est la ressemblance entre nos deux pays au niveau architectural. J’ai découvert des églises baroques d’Andalousie et d’Estrémadure qui m’ont fait croire que j’étais au Mexique.

Toutes les belles villes du Mexique sont des villes pensées et conçues par des Espagnols: avec une place centrale où se trouvent la Cathédrale, le bâtiment du gouvernement et le marché. Les Espagnols sont venus créer la nouvelle Espagne de leur rêve, où tout était parfaitement conçu. Et ils avaient l’espace pour le faire.

Que pouvez-vous nous dire sur la relation culturelle entre les deux pays ?

Nous sommes les deux principaux pays hispanophones du monde. Nous dominons le marché littéraire. Autant pour les auteurs espagnols que pour les auteurs mexicains, c’est très important d’avoir des lecteurs de l’autre côté de l’Atlantique. Cela a été une grande satisfaction pour moi de voir deux auteurs mexicains, Elena Poniatowska en 2014 et Fernando del Paso en 2017, recevoir le précieux prix Cervantes, qui est la plus importante récompense des lettres espagnoles.

Au niveau artistique, existent-ils des accords bilatéraux ?

Bien sûr. L’un des exemples les plus révélateurs est la Casa de México en Espagne, à Madrid, dont nous venons de célébrer le premier anniversaire, le premier Octobre. Ce palais merveilleux nous a été donné par l’ancienne maire de Madrid, Manuela Carmena.

Dans la ville de México, l’ancien maire de México et actuel Président de la République, Andrés Manuel López Obrador, a offert à l’Ambassade d’Espagne un édifice du centre de la ville qui est aujourd’hui le Centre Culturel d’Espagne au Mexique

Mes prédécesseurs ont négocié avec les différents maires de Madrid pour avoir cette même correspondance. J’en ai fait la demande auprès de Manuela Carmena qui était très intéressée par ce projet d’une grande maison de promotion du Mexique dont le coeur principal serait une librairie du Fonds de culture économique. Il s’agit de la grande maison d’édition de l’État mexicain. Elle m’a tout de suite donné son accord car tous les livres qu’elle avait lus durant la dictature étaient des livres provenant de ce Fonds de culture économique. Et ce n’est pas le hasard puisque c’est en partie grâce à toute la richesse de l’exil républicain espagnol, qui a amené de grands intellectuels dominant les langues européennes. On leur doit un grand travail de traduction car beaucoup de grandes oeuvres sur la pensée occidentale ont été traduites en espagnol, et pour la première, au Fonds de culture économique par ces exilés politiques.

Concernant les formations universitaires, existent-ils beaucoup d’accords entre l’Espagne et le Mexique ?

Beaucoup d’étudiants mexicains viennent étudier ici un semestre ou une année complète. Il existe de nombreux échanges interuniversitaires qui permettent d’obtenir un double diplôme, permettant donc aux étudiants d’être diplômés d’universités espagnoles ou mexicaines, et de pouvoir ensuite travailler dans l’autre pays. C’est le cas par exemple pour les étudiants en droit. Le droit mexicain et le droit espagnol ont la même racine. On peut donc retrouver des avocats ayant ce double-diplôme.

Quels sont les projets éducatifs actuels ?

Nous sommes en train de créer un système d’évaluation de la langue espagnole. C’est un projet réalisé par l’Institut Cervantes d’Espagne et l’Université Nationale Autonome du Mexique, située à México.

Il existe tant de pays parlant espagnol, que la langue a dorénavant une valeur économique. Beaucoup de Français, d’Américains, de Brésiliens mais également des Chinois veulent apprendre l’espagnol et obtenir une certification. À travers ce système d’examens, on pourra certifier la connaissance et la maîtrise de l’espagnol qui est de plus en plus apprécié pour le commerce.

 

Par P.C. Retranscrit par C.S.

 

 

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