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Start-up : un Français dans la maroquinerie en Espagne

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Cette semaine nous avons rencontré Florent MAROT 34 ans, installé à Madrid depuis plus de 10 ans en Espagne depuis ses bureaux dans un coworking à MADRID dédié à l’E-commerce qu’il a monté. Ce serial entrepreneur lance sa troisième entreprise en 5 ans avec MLF (Acronyme de Merci La France), portefeuilles extra-plats pensés pour les français et leur carte d’identité gigantesque. Rencontre.

Florent, vous êtes serial entrepreneur, décrivez-nous votre parcours.

Expliquer comment un ingénieur du BTP finit par faire de la maroquinerie, peut surprendre mais répond en fait à une suite logique. D’une manière générale, tous les projets dans lesquels je me suis lancés répondent à chaque fois à un besoin personnel concret et une absence de solution avec systématiquement la même conclusion: si ça n’existe, on va l’inventer ! Pour expliquer mon parcours, il y a 3 étapes clé:

#DES CHANTIERS AUX CAOUTCHOUCS

Ingénieur Génie Civil (INSA) de formation, je quitte les chantiers de LGV en Espagne en 2011 en plein crise immobilière espagnole après 5 ans passés dans une filiale de Vinci à Madrid. Au même moment, lors d’une révision pour ma voiture, je découvre avec stupeur qu’on me demande 70€ pour changer mes essuie-glaces, cela me parait excessif, sachant qu’il faut les changer tous les ans… En cherchant à comprendre pourquoi c’était si cher, j’arrive à une conclusion simple, on n’a pas besoin de changer tout l’essuie-glace, mais seulement le caoutchouc qui s’use! La structure métallique restant en parfait état, il suffisait de changer la pièce d’usure au même titre que les pneus sur les jantes de voiture. Après avoir cherché partout des caoutchoucs pour mes balais en vain, je me lance dans leur fabrication, crée mes moules et lance mes premières lames en 2012 tout se base sur la vente en ligne avec d’abord balais-essuie- glace.com puis 5 autres boutiques sur l’Europe. Après bientôt 6ans, en chiffres cela représente 60.000 clients et 400.000 essuie-glaces déjà recyclés avec autant de déchets éviter pour la planète.

#DU CAOUTCHOUC AU COWORKING

Basé à Madrid, comme beaucoup d’entrepreneurs qui débutent, j’ai commencé l’aventure depuis chez moi. Très vite, le stock de caoutchouc est devenu envahissant, les clients madrilènes voulant retirer leurs commandes dans nos bureaux de plus en plus fréquents, mon concierge d’immeuble de plus en plus agacé par la réception de palettes dans le hall d’immeuble, sans parler du fait qu’en travaillant depuis chez soi on s’isole vite et le manque de contact avec d’autres entrepreneur se fait vite ressentir. Bref, je me mets en quêtes de bureaux, pour passer à l’étape suivante, décidé à faire partie de l’économie collaborative, je cherche un coworking pour m’accueillir moi et mes caoutchoucs, en vain, ca n’existe pas, et pour cause, il est beaucoup plus rentable de louer un poste de travail qu’un box de stockage à surface égale.

Si ca n’existe pas je vais le créer! J’achète un entrepôt près de Madrid Rio, et après 1 an de chantier (qui m’avait manqué) le premier coworking E-commerce de Madrid et d’Europe ouvre ses portes: Coworking- Feliz. Au programme Stockage et bureaux sous le même toit, possibilité de recevoir des palettes, une zone de préparation de commandes, centralisation des envois pour diminuer les coûts au près d’un même transporteur etc…

Economiquement, le projet est à l’équilibre mais l’intérêt dans ce type d’aventure est autre qu’économique. Humainement c’est génial, on partage tout, les bons conseils, les bonnes pratiques, ca parle conversion, marketing online, Data, branding, web tous les jours et c’est une vraie bouffée d’air.

#DU COWORKING À LA MAROQUINERIE

Suite à la perte de mon portefeuille, il y a plusieurs années, je me suis mis à la recherche d’un modèle extrêmement plat contenant nos papiers (DNI) Français. Au départ j’a basé mes recherches dans les boutiques madrilènes, écumés les corte-ingles et autres boutiques spécialisées mais rien, impossible de combiner la carte d’identité française avec un modèle extra-plat. Bizarrement, même en France il est difficile de trouver un portefeuille adapté à la DNI et quasiment impossible de trouver un modèle réellement fin et pour cause:

“Avec une moyenne de 10,5cm, les français ont la plus grande… Carte d’identité au monde !”

Vous imaginez la suite, si ca n’existe pas… je vais l’inventer! Fort de mon expérience au coworking où j’y ai vu naitre de belles marques, j’avais vraiment envie de passer à quelque chose de plus sexy que les essuie- glaces, un produit, objet ou solution où je puisse exprimer réellement ma touche personnelle et apporter de la valeur, créer une expérience, choisir des matériaux nobles et ne plus travailler uniquement dans l’esprit low-cost qui limite beaucoup trop l’expérience utilisateur.

C’est comme ça que je lance mlf acronyme de Merci La France (mercilafrance.fr), en référence au “cadeau” qu’est la carte d’identité gigantesque au jour le jour pour un français. Après plus d’un an de prototypes et optimisation en tout genre, la collection 2018 est enfin prête!

Vos produits sont tangibles, c’est de la matière première en fin de compte. Vous pensez qu’on se focalise trop sur le virtuel?

Je n’ai pas forcément la sensation qu’on s’y attarde trop, et bien au contraire je considère que le virtuel (le cloud, Saas, open source etc…) offrent des possibilités exceptionnelles. Personnellement je jongle entre les deux, pour moi virtuel se résume souvent à une amélioration de services, performances, efficacité mais ne reste qu’un moyen d’optimiser et simplifier du concret comme une vente de produit. Toutes mes activités sont liées à l’E-commerce il y a forcément une part importante de virtuel.

Sur la partie produit, conception, création, je suis clairement dans le concret, c’est peut-être une déformation d’ingénieur mais j’affectionne particulièrement les choses bien faites, bien pensées à la mécanique bien huilée qu’elles soient actuelles où du passé. Il m’est personnellement beaucoup plus simple de comprendre et d’admirer un objet qu’un concept virtuel. Sur l’aventure des portefeuilles mlf, j’ai pris un plaisir énorme à découvrir les subtilités du cuir, les différentes formes de tannages, les différentes parties, qualité de cuir, j’ai appris, touché, essayé tous types de cuir, jusqu’à trouver ceux qui présentaient les caractéristiques optimales pour mon projet, à savoir forte rigidité pour une épaisseur minimale.

Ce qu’il y a de bien dans la maroquinerie à mes yeux c’est justement le concret, le moindre changement technique à un impact sur le rendu global, la texture, le toucher, la rigidité, la sensation que dégage le portefeuille. La création d’un prototype est relativement simple (10 jours) entre chaque changements permet d’avancer pas à pas vers l’objet idéal. Chaque version est différente et l’on voit rapidement l’évolution. Le travail du cuir étant très artisanal, cela facilite les prototypes et on voit rapidement nos inventions se dessiner. Sur la dernière collection, ce sont près de 70 prototypes qui ont été fait jusqu’à trouver la recette optimale !

Comment comptez-vous développer votre réseau de distribution?

L’Idéal serait de pouvoir rester sur un modèle 100% Online mais cela risque d’être un frein à notre développement, car nous pourrons dire et clamer haut et fort sur nos sites, réseaux sociaux que notre produit a des finitions exceptionnelles, un design parfait, un cuir parmi les meilleurs (Français pour la plupart) nos portefeuilles sont fait pour être touchés, portés, vus, et quoi de mieux qu’un réseau de Boutique/partenaires pour cela? Du coup, courant 2018, nous allons petit à petit accepter des collaborations dans aux 4 coins de la France car notre public pour le moment est essentiellement Français.

Réseaux de boutique oui, mais pas à n’importe lesquelles, nous allons veiller à la sélection des boutiques, nous voulons qu’elles correspondent à notre image, à notre style, nos valeurs et qu’elles soient de véritables référents local.

Le problème principal auquel nous allons devoir nous confronter pour être présents en Retail c’est le coût de fabrication très élevé que nous avons. Nous prenons les meilleurs cuirs et avons la chance de travailler avec les meilleurs artisans du secteur, les mêmes mains qui fabriquent des sacs de luxe à plus de 3.000€ fabriquent nos portefeuilles sauf que cela a un prix. Si sur un modèle 100% online, nos marges sont acceptables n’ayant pas d’intermédiaire, réussir à vendre un produit de luxe à un prix abordable (59 ou 79€ suivant le modèle) relève d’un vrai challenge en boutique, et seul un volume important pourrait nous permettre de réduire un peu nos coûts de fabrication et envisager un réseau de boutique sur le long terme tout en conservant ce Made in Spain qui nous est si cher.

Le Made in France a le vent en poupe. Vous fabriquez en Espagne des portefeuilles pour des Français, est-ce un pari risqué?

Je ne sais si les français continuent à voir d’un si bon oeil le Made in France je crois que l’image du Made in France a beaucoup évoluée depuis 4 ou 5 ans et que les français sont beaucoup plus responsables dans leur démarche d’achat et sont sensibilisés à ce qui se cache souvent derrière le Made in France… On séduit de moins en moins un français en lui disant que son aspirateur est Made in France alors que toutes les pièces sont fabriquées en Chine mais que la dernière étape de valeur ajoutée est faite sur le territoire Français.

J’ai choisi de fabriquer en Espagne, non pas par pour économiser 5 ou 10% sur le coût de fabrication, mais tout simplement parce que je n’ai pas trouvé en France d’entreprise capable de m’offrir le niveau de qualité que j’ai trouvé chez mon fabricant à Ubrique. Bien entendu aller à Ubrique est pour moi beaucoup plus simple, sans parler des délais de fabrication qui sont raccourcis de par la taille des entreprises locales. J’ai la chance de pouvoir travailler avec l’un des fabricants des plus grandes marques de luxe française à Ubrique, et si tous les grands noms fabriquent à Ubrique, ce n’est pas par hasard, c’est un village tout entier, un peu isolé dans l’Andalousie qui se dédie exclusivement à la maroquinerie depuis plusieurs générations. Il y a un réel savoir faire que l’on ne retrouve pas ailleurs à moins d’aller chez « LV » mais mais malheureusement leurs portes ne sont pas ouvertes et ne fabriquent que pour eux.

Concernant notre portefeuille, on ne peut pas faire plus français en Made in Spain, aussi bien sur la conception que sur les cuirs mais surtout sur la possibilité d’y loger notre si précieuse carte d’identité Française!

Pour finir, en tant que français en Espagne, je crois que nous n’avons pas à rougir du Made in Spain, bien au contraire, dans de nombreux secteurs l’Espagne est devant la France, et la maroquinerie en fait partie!

 

Plus d’informations sur les portefeuilles et porte-carte mlf sur www.mercilafrance.fr

 

LCE

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